Romances, de Georges de Vassoigne
Préface
Une ballade en amour majeur
Car c’est bien à une ballade, dans l’assertion la plus musicale du terme, que nous convie Georges de Vassoigne. Une ballade en douceur, où l’on croit même percevoir le mouvement léger d’une balançoire ou d’une berceuse, vous emmenant, adagio-lento, dans un monde de sensualité féline, d’amours adolescentes où innocence et espièglerie coquine se disputent la première place.
Nous voilà embarqués, de naturelle façon, dans un véritable tour du cadran solaire de l’amour, où, de jour comme de nuit, sous le soleil ou sous la pluie, de carême en hivernage, d’isidan à lotbò, ces amants-là, ceux de Romances, ne savent faire que cela : s’aimer !
De musica
L’incontestable musicalité de l’œuvre est en partie due à la régularité du rythme, avec une prédominance d’hexasyllabes, d’octosyllabes et surtout d’alexandrins, à la récurrence des rimes et à la construction souvent isométriques des strophes (ainsi dans Rencontre).
Ce choix d’une rigueur formelle, à priori antinomique au gran mouvman, au gran maniman que l’on prête habituellement à l’amour confère à l’ensemble une unité à la fois stylistique et émotionnelle.
Mais le poète ne nous permet tout de même pas d’être bercé jusqu’à l’endormissement ! Le rythme est soudain pris de fièvre, il s’accélère, le sang pulse plus fort dans les veines, nous sommes projetés dans le royaume du Zouk Love qui fait hurler le sang du poète et crier la soif dans le regard de l’Aimée ! Et puis, quand la douleur s’en mêle, les vers, plus courts, sont comme lâchés, comme hoquetés par un cœur trop blessé !
La Nature, omniprésente tout au long du recueil est la complice, l’alcôve, le nid béni des amants, le chant cosmique amplifiant le chant secret des cœurs et des corps. Tout participe de cette fête des sens et des cœurs : le soleil qui enivre, les raisiniers qui offrent leur fraîcheur, la complainte de la mer et à travers le vent qui fait frissonner les feuilles du bambou ne dirait-on pas que, par la grâce des deux amants, c’est toute la nature qui, elle aussi, fait l’amour…
C’est quoi l’amour ?
Au pays de l’aimance, Georges de Vassoigne est tour à tour amant innocent ou coquin, fils, parent, citoyen engagé, disciple en quête de Dieu et de paix. Il conjugue l’amour en tous ses modes, temps et déclinaisons… Amour douceur, amour divin, filial, amour ensorceleur, dévastateur, amour qui, obstinément et malgré la douleur, rime avec sensualité, ivresse et surtout don total de soi…
Dans Prière, il nous chante l’amour de Dieu, d’un dieu que l’on ne devrait appeler que quand tout va bien, que quand la joie est immense au point de déborder du cœur et notre appel est alors action de grâces.
Au pays de l’aimance, le poète se donne comme innocent, comme un novice, jouet entre les mains des dieux de l’amour ou de la femme-sirène, la sorcière, la manman-dlo, la djablès qui, revêtant l’apparence d’une fleur de toute beauté, fait tomber le voile sitôt l’homme pris dans ses rets et lui vole son âme.
L’amour, d’abord merveilleux, d’abord rêve, conte de fées, folie, inoubliable plaisir, l’amour est soudain démence, prison, outrance sous les griffes de l’absence, péché crucifiant le bonheur du trop naïf poète, sanglot Après l’amour.
Et quand le lit bascule de n’être plus un nid, l’amour est sacrificiel puisque la douleur de l’amant n’est rien au regard de la douleur probable de l’absente. Si je pleure/C’est de penser que ton cœur/Pourrait là-bas/Me réclamer.
Et puis parfois, l’on croit en être encore à l’amitié quand l’on a déjà, l’espace d’un cillement (Jacques Stephen-Alexis) basculé dans l’amour, tant est ténu le fil qui sépare l’un de l’autre.
L’amant insatiable a tout « goûté », de la mulâtresse à la chabine, de la coolie à la négresse, femmes félines ou nonchalantes, femmes innocentes, évanescentes, soleils levants pour des célébrations, des grand-messes où l’amour se vénère au nom d’une foi conjuguée à toutes les saisons, une prière, credo de l’amour à la chair.
Quand l’amour rime avec respect, à la limite de la vénération, de Vassoigne rend hommage à la mère, à la mémoire des Ancêtres, à la ville-emblème en un hommage sobre à la cité schœlchéroise ; il pleure l’enfance meurtrie et aspire enfin à la paix absolue.
La magie de l’amour, de tous les amours, de tout amour ne réside-t-elle pas, in fine, en la simplicité des choses ? Il suffit de peu (Un rien suffit), de si peu pour que l’herbe apparaisse, pour faire vibrer un cœur, pour chasser la douleur et éclairer le ciel troublé de l’amour. Oui, un sourire suffit, par la grâce d’une Valentine, pour être transporté à l’orée d’un autre monde ; il suffit de la lumière d’une Luce pour faire palpiter une étoile au fond des cœurs et transmuer la vie en rêve. Il suffit de si peu pour abolir la frontière entre vie et mort, entre enfer et paradis.
Et encore et toujours, la femme, la FEMME, dont les yeux seuls donnent accès à la toute lumière.
Un recueil, une romance, un chapelet égrené avec foi, pour retenir, le temps d’un voyage dans l’intimité de Georges de Vassoigne, que l’Amour, c’est tout simplement Ce qui reste/Après l’Amour…
Nicole Cage-Florentiny