En avant
(Roland TELL)
Sur le bitume ardent au soleil de midi,
dans la montée du morne de forte déclivité,
le dossard 136 au marathon de décembre
ahanait en sifflant comme une bouillotte d'eau oubliée sur le feu.
Il me revient que c'était au temps de l'hivernage
et pourtant ça chauffait dans la périphérie,
pendant que j'avalais les kilomètres d'étuve,
la bouche grande ouverte pour humer le vent chiche.
Et devant, et derrière, le lourd piétinement
du peloton des sans-grade
scandant dans les pensées l'air de la défaite...
Alors ce marathonien au dossard 136, dans son fauteuil roulant,
s'englua dans sa sueur tel l'escargot dans sa bave,
- sans énergie et sans force,
avec sa traîne, comme pour moi destiné,
un chapelet d'ahans...
Allait-il dégringoler arrière toute et m'entraîner,
submergé en sa dégringolade ?
Alors, sentant en moi mille instincts de survie,
j'empoignai le dossier de son fauteuil roulant
et je dis : "En avant ! En avant !"
Toute la file des marathoniens nous ont laissés sur place !
Mais mon nouvel ami, se retournant vers moi,
me souffla épuisé : "En avant ! En avant !"
Cette parole essoufflée est devenue depuis le mot de passe de l'amitié...
Loi du 11 mars 1957 n'autorisant aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41, d'une part que les "copies ou reproductions strictement réservées à usage privé du copiste et non destiné à une utilisation collective" et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple faites sans le consentement de l'auteur ou des ayants-droits ou ayants-cause, est illicite (alinéa 1er article 4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal.