Saches que Dieu c'est : ta tête, tes bras, ton cœur.

ET J'ETAIS SON AMI... 

(Serge RESTOG)

 

 

Il avait les pieds nus, il avait les mains sales,

Les jambes calleuses, le ventre creux,

Et c'était mon ami. 

 

 

Il avait les pieds nus, il avait un linge sale,

Les jambes calleuses, la gorge serrée ;

Tirait inlassable

Une lourde charrette d'un fumier noir, visqueux,

Qui sentait à mille lieues à la ronde :

C'était mon ami. 

 

 

Il avait les pieds nus, il avait les mains sales,

Les jambes calleuses, le ventre creux,

Et mangeait dans le creux de sa main tremblante

Une maigre bouchée de farine de manioc :

Mais c'était mon ami.

 

 

 Il avait les pieds nus, il avait un linge sale,

Les jambes calleuses, la gorge serrée ;

Et moi, fils de Seigneur, et moi rose de santé

Partageais son repas, innocent et naïf,

Parce qu'il était mon ami. 

 

 

Maigre cadavérique, je l'aimais un peu trop.

Je l'aimais cet enfant sans vie, sans joie, sans rire.

Je le regardais longtemps, pensif, rêveur :

Il avait les pieds nus, il avait un linge sale

Les jambes calleuses, le ventre creux.

Et c'était mon ami. 

 

 

Il ne parlait jamais, ne souriait jamais,

Ses yeux hagards tombaient sur mes habits de soie ;

Il avait honte, il avait honte qu'il fût, lui, mon ami. 

© Serge RESTOG 1978 

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