EN PLEIN SOLEIL
(Serge RESTOG)
Juin 1966
En plein soleil
J'ai vu que la vie était courte
J'ai vu que la vie était longue
J'ai vu que la vie est impossible.
En plein soleil
J'ai vu que je suis inutile sur terre.
A quoi sert ce que je fais
A quoi sert ce que je n'ai pas fait
<< Puisque après le jugement dernier
Tout sera réduit en poussière >>.
En plein soleil
Je me suis haï
Et je me suis demandé :
Au juste, que sais-je maintenant ?
Qu'ai-je donc appris ?
Où donc a passé tout ce que j'ai appris ?
En plein soleil,
Je me suis demandé
Pourquoi suis-je ici ?
Pourquoi suis-je homme ?
Pourquoi suis-je Nègre ?
Pourquoi me regarde-t-on de travers ?
Pourquoi suis-je ce dernier de la classe ?
Et pourquoi mes frères de race
Essaient-ils d'oublier ce qu'ils sont,
Ce qu'ils ont subi, ce qu'ils subissent toujours ?
En plein soleil,
J'ai voulu analyser le monde
J'ai voulu comprendre la vie,
Mais j'ai été ébloui.
En plein soleil,
J'ai vu se détruire
L'objet de tant d'années de labeur,
L'objet de tant d'alarmes,
L'objet pour lequel
Tant de goût,
Tant de passion avait été mis.
En plein soleil,
Je me suis dit encore,
Comme lui : << To be or not to be that is the question >>.
© Serge RESTOG 1981
Loi du 11 mars 1957 n'autorisant aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41, d'une part que les "copies ou reproductions strictement réservées à usage privé du copiste et non destiné à une utilisation collective" et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple faites sans le consentement de l'auteur ou des ayants-droits ou ayants-cause, est illicite (alinéa 1er article 4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal.