JE DÉTESTE TOUT

(Serge RESTOG)

                                                    Novembre 1966

 

Je déteste tout,

Je déteste ceux qui ont donné le jour

A ceux qui m'ont donné le jour.

Je déteste le soleil

Qui me brûle la peau et m'éblouit.

Je déteste la nuit

Qui me fait peur et m'épouvante.

Je déteste l'infiniment grand

Qui me tourmente.

Je déteste l'infiniment petit

Qui me ronge le corps.

Je déteste ce grand champ de bataille

Où l'on ne finit pas de se battre

Contre un ennemi invisible et invincible.

Je déteste le peintre

Qui se joue de moi.

Je déteste le musicien

Qui me flatte les nerfs.

Je déteste le curé

Qui ment effrontément.

Je déteste le politicien

Qui me trompe.

Je déteste ma mémoire

Qui foire,

Qui ne m'est plus fidèle.

Je déteste mon nez

Qui me devient étranger,

Qui ne sent plus le danger.

Je déteste mes oreilles

Qui n'entendent que

<< Tu es un homme, tu es un homme, tu es un homme >>

C'est-à-dire :

<< Tu es un c..., tu es un c..., tu es un c... >>.

Je déteste ma bouche,

Je déteste mes yeux qui louchent.

Je déteste mon cœur

Qui est trop bon.

Je déteste mes mains

Qui sont maladroites.

Je déteste ce corps qui pèse

Et m'embarrasse.

Je déteste cette âme

Qui ira bientôt griller en enfer.

Je déteste les voleurs

Qui m'épient à toute heure.

Je déteste les avares.

Je déteste les criminels

Qui vous laissent mourir las, fatigué,

Par la longue lutte.

Je déteste ceux qui boudent.

Je déteste ceux qui grimacent.

Je déteste ceux qui rient.

Je déteste ceux qui prient.

Je déteste ceux qui pleurent.

Je déteste ceux qui se fâchent.

Je déteste les lunatiques.

Je déteste la guerre.

Je déteste le soldat.

Je déteste le traître.

Je déteste tout,

Sauf celle que vous tous vous détestez.

LA MORT.

                                ©  Serge RESTOG 1981

Loi du 11 mars 1957 n'autorisant aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41, d'une part que les "copies ou reproductions strictement réservées à usage privé du copiste et non destiné à une utilisation collective" et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple faites sans le consentement de l'auteur ou des ayants-droits ou ayants-cause, est illicite (alinéa 1er article 4).

Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal.