UNIVERSITE DES ANTILLES ET DE LA GUYANE
MISSION DE FORMATION CONTINUE
DIPLOME UNIVERSITAIRE DE LANGUE ET CULTURE REGIONALE
MÉMOIRE D.U.L.C.C
Roger ÉBION
TITRE : Émergence d'un système linguistique dans la littérature romanesque contemporaine de la Martinique.
SOUS-TITRE : A la Martinique, dans la littérature romanesque contemporaine, s'affirme, à partir des années 1980, un système linguistique différent de celui du créole et du français.
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PLAN
I. INTRODUCTION.
I.I. Découverte du problème.
I.1.1. Le vécu quotidien.
1.1.2. La vie professionnelle.
1.1.3. Les lectures.
1.2. Les motivations.
II. PROBLÉMATIQUE ET HYPOTHÈSE.
II.1. La problématique.
11.2. L'hypothèse.
III. LE CORPUS.
III.1. Choix du corpus.
111.2. Présentation du corpus.
111.3. Les corpus :
--"Mahagony", 1987, Edouard Glissant, Seuil.
--"Chronique des sept misères", 1986, Patrick Chamoiseau, Gallimard.
--"Pourrir ou Martyr un peu", 1997, Guy Cabort-Masson, La Voix du Peuple.
IV. ÉTUDE DU CORPUS. Page 93
IV.1. LE LEXIQUE Page 93
IV.1.1. Mots congruents,
IV.1.2 Mots ayant un équivalent français,
IV.1.3. Mots attestés en français.
IV.1.4 La morphologie.
IV.1.4.1. L’orthographe,
IV.1.4.2. Composition et dérivation.
IV.2. LA SYNTAXE. Page 124
IV.2.1. La flexion des mots.
IV.2.2. Les modalités nominales.
IV.2.3. Les verbes.
IV.2.4. Les modalités de phrase.
IV.2.5. Construction des complétives d'objet.
V. CONCLUSION.
VI. BIBLIOGRAPHIE.
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I. INTRODUCTION.
I.1. Découverte du problème.
I.1.1. Le vécu quotidien.
" Aux Antilles, français et créole sont en contact selon un mode qui ressortit à la domination d'une langue sur l'autre" (J.Bernabé, 1983, Fondal-natal, L'Harmattan, p 58). De là une situation linguistique complexe. Depuis que Fergusson a lancé le concept de diglossie les créolistes de la Martinique ont repris et exploré ce concept relativement à la Martinique. Sans entrer dans un exposé des théories et des divergences, on peut constater que tous les linguistes conçoivent l'existence de deux pôles : la langue minorée (le créole) et la langue minorante (le français). Entre ces deux pôles, un espace linguistique que Hamers et Blanc nomment " l'interlecte " et Bikerton, " le mésolecte ". Y a-t-il solution de continuité entre ces deux langues? Chacun pourra se déterminer par la lecture de J.Bernabé, Hazaël-Massieux, F.L.Prudent et se faire une idée de la complexité du problème.
Bien que cela nous éloigne de la réalité et pour la commodité de l'analyse, je parlerai de trois systèmes linguistiques ; c'est-à-dire du français, du créole, et des énoncés qui ne sont ni français ni créoles.
Le français, langue haute, langue prestigieuse, confère à son locuteur un statut social supérieur. Sa maîtrise reste encore de nos jours signe de réussite sociale. Le créole, langue basse, langue minorée, confère à son locuteur un statut social inférieur. La maîtrise exclusive du créole est, encore de nos jours, signe de pauvreté et d'ignorance.
Ceux qui maîtrisent le français et le créole, sont de ce fait bilingues. Par contre les créolophones exclusifs n'ont pas accès au français.
Les énoncés qui ne sont ni créoles ni français ont été qualifiés de " kawo " ou de " créolismes ". Car comme le montre J. Bernabé (Fondal-natal, 1983, Tl. L'Harmattan, p 118-119), " kawo " et " créolismes " diffèrent.
Les " kawo " sont des solécismes réalisés par " un locuteur créolophone maîtrisant mal la langue française mais tenant absolument à la parler ". Les créolismes, le français " substandard " selon les termes de J. Bernabé, (ibid), sont des phrases françaises influencées par la structure syntaxique du créole.
Ces deux types d'énoncés ont été considérés comme des tares, les preuves de l'ignorance, d'un statut social inférieur. Les " kawo " provoquant la risée même de la part de ceux qui les commettaient, les créolismes étant marque d'infamie à l'école. Ainsi même s'ils existaient personne ne les assumait.
Responsables politiques, de l'éducation, enseignants, parents, bref, tous pensaient qu'on pouvait procéder à l'éradication de ce mal linguistique par un meilleur enseignement du français accompagné d'une chasse impitoyable au créole.
Mais ainsi que l'écrit J. Bernabé (Fondal -natal, 1983, tl p 58), " cette vision, simpliste et hâtive masque l'essentiel : un conflit socio-culturel et sociopolitique ".
C'est de cette situation de conflit linguistique que naissent ces énoncés ; conflit devenu d'autant plus aigu que, depuis les années 1980, les rapports du créole et du français ont évolué. En effet sous la poussée aussi bien du militantisme nationaliste que des créolistes, le champ d'intervention du créole s'étend très nettement dans les organisations politiques, syndicales, religieuses, dans les médias écrits et audio-visuels. La parution de la " Charte culturelle créole " du G.E.R.E.C en 1992 est très symbolique de cette extension du créole qui conserve, pourtant, aux yeux de la grande majorité, son statut de langue à " vieux nègres ".
La quasi unanimité des linguistes observent dans le même temps une décréolisation, car le créole est de plus en plus francisé aussi bien par la syntaxe que par le lexique.
Le français s'est également étendu grâce à un plus grand nombre de locuteurs. La scolarisation quasi totale, l'essor des médias, le grand nombre de français vivant à la Martinique, les voyages, les flux migratoires entre la France et la Martinique, ont pour effet que les martiniquais sont confrontés en permanence à des situations d'énonciations françaises. La langue française parlée ici a elle-même évolué d'un français littéraire vers un français plus populaire, moins livresque.
Les français se mettent à parler créole, les contacts entre les deux langues deviennent de plus en plus fréquents. Le conflit linguistique français-créole s'aiguise d'où une augmentation du nombre d'énoncés intermédiaires ou mixtes.
En 1989, les énoncés du type suivant ne font sursauter personne et ne marquent pas le locuteur de manière péjorative. Ils peuvent être le fait aussi bien de lettrés que de ceux qui n'ont pas une connaissance très grande du français.
" Je prends un feu. " " Je bois un sec. " " Il a pris du fer. " " Fais ça pour moi, han. " " Ti-Paul fait le major "
Et comment résister au plaisir de citer le professeur J. Bernabé lors de la soutenance d'un mémoire D.U.L.C.C, le 15 octobre 1989 ?
"N'y a-t-il pas terrorisme à tchoquer les enfants?".
Citer J. Bernabé ne procède pas de la provocation, cela permet de témoigner que de nos jours, ce qui relevait jadis du créolisme, se rencontre en tous lieux et en toutes circonstances.
Si dans le passé ces énoncés étaient des énoncés fautifs le locuteur étant inconscient de la faute, actuellement il n'en est plus de même. De fait, on trouve une variété de situations en fonction de l'énonciateur. Cela va du locuteur qui produit des énoncés fautifs croyant parler un français très correct à celui qui choisit de manière consciente les énoncés intermédiaires. Entre ces deux pôles, il existe une grande gamme de situations où les énoncés relèvent, soit d'un choix conscient, soit de la faute. Il n'est d'ailleurs pas toujours possible, même pour un auditeur très attentif, de distinguer le fautif du non-fautif.
J.Bernabé, (Fondal-natal, 1983, T1, L'Harmattan, p 144 à 151), dégage une typologie des situations énonciatives de ces énoncés. Il distingue 7 groupes de locuteurs correspondant à 7 types différents de situations.
1.1.21. La vie professionnelle.
La citation de J.Bernabé trouve aussi sa pertinence dans le fait qu'elle me renvoie à une intervention de celui-ci au collège J.Roumain. J.Bernabé intervenait sur les concepts de diglossie, basilecte, acrolecte, interlecte. Partant de ma pratique d'enseignant, je lui avais demandé de situer la phrase: " Il prend du fer. ". Il avait démontré que cet énoncé n'était- pas plus français que créole. Mais alors qu'est-ce que c'était ?
Je demeurais interpellé dans la mesure où il s'agissait de productions très fréquentes de la part des élèves. D'autre part ces énoncés renvoyaient à des productions orales comprises par créolophones et francophones. Comme professeur je devais me déterminer vis-à-vis de ce type d'énoncés. Il me semblait impossible de faire perdurer la chasse aux créolismes dont A.Lucrèce démontre les malfaisances dans " Civilisés et Énergumènes " L'Harmattan, 1989, page 157. Nous citons: " Ainsi, une phrase comme celle-ci " Cela aurait pu nous procurer quelques désagréments " est souvent " corrigée " simplement parce que le mot " désagrément " mot français datant du XVIIe siècle et signifiant ennui, tracas, souci, a été emprunté au français par le créole ; cet emprunt syntaxique a donné l'expression créole : " prokiré kow désagréman " en français " s'attirer des ennuis ". Notons qu'il s'agit d'un emprunt lexical et non syntaxique.
Comme enseignant j'avais pu me rendre compte que la chasse aux créolismes n'avait jamais empêché que fleurissent les énoncés intermédiaires, que les " chasseurs " les plus acharnés produisent eux-mêmes ces énoncés.
Professeur de français, je devais enseigner la langue française. C'était net et clair. Mais enseigner le -Français, c'était enseigner quelle langue française ? Le français substandard ? Le français standard? Le français littéraire des manuels scolaires ?
Soumettre l'énoncé " Il prend du fer " à J.Bernabé chercher une réponse, réponse exprimée en ces termes dans Fondal-natal, L'Harmattan, 1983 p 68, " Il ne semble pas possible, quant à nous, d'élaborer une grammaire interlectale créole-français... "
Cependant malgré la science linguistique de J.Bernabé je ne pouvais cesser de me poser la question suivante: " Et- si à côté du français et du créole les martiniquais disposaient d'une troisième langue ? "
I-1.1.0. Les lectures.
Dialectiquement ce questionnement s'accompagnait d'une certitude non fondée scientifiquement, mais née de lectures qui furent décisives quant à mon point de vue sur la question.
Au commencement il y eut " Gouverneurs de la Rosée " de J.Roumain, (1946) et " La rue Cases-Nègres " de Joseph Zobel (1950). Au commencement, car ils sont, tous les deux les premiers, à avoir largement et méthodiquement, ouvert l'écrit romanesque à ces énoncés intermédiaires. Très attentif à l'analyse que fait J.Bernabé de " Gouverneurs de la Rosée ", (Fondal-natal, 1983 t1, L'Harmattan, p 230-237) je partageais totalement l'idée que ce roman préparait et annonçait une littérature écrite dans une langue nouvelle. Alors que J.Bernabé y voyait l'annonce, (ibid, p 237) d'une " littérature originale de langue créole jaillie de la terre des ancêtres ", j'étais convaincu par l'analyse de ce dernier que ce roman annonçait l'apparition d'une littérature en une langue différente et du français et du créole.
Ma conviction était que la langue de J.Roumain et de J.Zobel ne relevait pas seulement de l'esthétique ; elle était et est, selon moi, la voie la plus appropriée aux auteurs francophones de l'aire créolophone.
Mais mes interrogations se multipliaient, d'autant que ma conviction se renforçait. J. Bernabé fait autorité en matière de linguistique et de créolistique ; en face, il y avait moi et ma conviction non scientifique qui n'était appuyée d'aucune recherche, d'aucune analyse.
" La Case du Commandeur " de E.Glissant (1981) va transformer ma conviction en certitude. Certitude renforcée par cette citation de E. Glissant- (1981, Le discours antillais, Seuil, p 347) : " le travail de l'écrivain est peut-être de provoquer un langage-choc, un langage antidote, non neutre, à travers quoi pourraient être réexprimés les vrais problèmes de la communauté. Ce travail peut exiger que l'écrivain " déconstruise " la langue française dont il use, (et qui est une des " données de base " de la situation) ; d'abord comme par une fonction de la démystification par rapport, à une utilisation fétichisée de cette langue, ensuite par une recherche de lignes de force, de projets culturels, qui- de l'intérieur même de la langue française- seraient de nature à faciliter (en les éclairant) les pratiques futures d'un créole (écrit ou) revitalisé ".
La " Case du Commandeur " était en filiation directe de " Gouverneurs de la Rosée " pour l'émergence de cette langue autre que le français et le créole. Il n'en demeurait pas moins que cette conviction restait non scientifique.
Mes études au D.U.L.C.C me fournirent des éléments linguistiques et socio-linguistiques, propres à fonder ma certitude sur des faits linguistiques. Il faut ajouter que je trouvais en F.L.Prudent un appui de poids, puisqu'il émanait d’un linguiste du G.E.R.E.C et de l'université des Antilles et de la Guyane. En effet dans le n° 4 d'Espace Créole, 1979-1980, il développait l'idée suivante qui me séduisait.
Présentant avec Georges Mérida le roman d'Emile Yoyo, " Chemins de nous seuls ", (1978, Balland), il écrivait " Yoyo écrit dans une langue difficile et pourtant familière aux instituteurs et enseignants antillais : celle de leurs élèves, lorsqu'ils commettent la pire des fautes de langage chez nous, le créolisme (en italique). L'auteur a décidé de jeter un pont entre les deux pôles de la diglossie martiniquaise: le système prestigieux et terroriste qu'est le français et le créole " force jugulée ". " Plus loin il écrit encore " Il prend prétexte de la traduction française de nos proverbes, pour construire des phrases originales ne relevant plus vraiment ni du français ni du créole, et pourtant prisonnières des deux langues ", (Espace Créole n° 4, 1979-1980, p 123) ce qui me paraissait important c'était l'idée d'une langue intermédiaire et que je trouvais chez Glissant ce système linguistique si présent à l'oral et si absent dans l'écrit littéraire.
Quand vinrent le roman de P.Chamoiseau " Chronique des sept misères " (1996) et l'affirmation par l'auteur que E.Glissant avait joué un rôle déterminant dans le choix de son écriture, j'y trouvai un élément enrichissant ma certitude.
Après la parution de " Mahagony " en septembre 1997, j'ai lu dans le journal France-Antilles, reproduisant un article du Figaro, signé de M. Alain Bosquet qui concluait que Glissant écrivait dans une langue qui n'était pas le français. Ce critique parlait, me souvient-il, de frantillais. Cet article qui se voulait assassin me ravit cependant. En effet un français voyait là une langue différente de la langue française.
1.1.2. Motivations
Mon inscription au D.U.L.C.C et la nécessité de présenter un mémoire me permettront de passer de la certitude intime à une approche linguistique et scientifique.
Les cours de linguistique, l'approche des concepts de bilinguisme, diglossie, basilecte, acrolecte, interlecte ou mésolecte, code-switching, emprunt vont me permettre d'analyser d'une manière plus scientifique la question des énoncés qui ne sont ni créoles ni français.
J.F.Hamers et M.Blanc me fourniront la matière à formuler mon hypothèse. "Avec la décréolisation, de quelque manière qu'on la décrive, nous assistons à l'assimilation graduelle d'une langue moins prestigieuse sur le plan social, le créole, à une langue dominante, la langue-base, à laquelle le créole emprunte des formes, des catégories sémantiques et des règles de plus nombreuses jusqu'à ce que les deux langues ne se différencient plus que minimalement. Admettons cependant que nous sommes encore loin d'être capables de décrire et d'expliquer ce phénomène de façon adéquate", (J.F.Hamers et M. Blanc, 1983 Mardaga, p 263).
Toutefois je pensais que J.F Hamers et M.Blanc passaient sous silence, du moins en ce qui concerne la Martinique, un aspect important du contact-échange entre les deux langues. En effet le français se créolise en empruntant au créole des formes, des catégories sémantiques et des règles.
Je constate un double phénomène :
- décréolisation du créole d'une part,
- créolisation du français d'autre part.
Ce contact-échange entre les deux langues produit des énoncés que je qualifie d'intermédiaires et qui relèvent de ce que l'on nomme communément " créolismes ".
Ces énoncés intermédiaires seraient l'objet de mes recherches et de mon mémoire. Il s'agirait de tenter de décrire les productions langagières intermédiaires.
II. PROBLEMATIQUE ET HYPOTHESE.
II.1. Problématique.
Nous voilà face à un fait : des productions langagières orales ou écrites différentes du français et du créole. Ces productions très proches du français ne sont pas cependant françaises et révèlent de nombreux traits linguistiques du créole.
On pourrait penser comme ce fut le cas jadis qu'il s'agit de productions fautives. Mais peut-on raisonnablement soutenir que Glissant, Chamoiseau, Cabort-Masson, E.Yoyo, écrivent comme ils le font par ignorance de la langue française?
Certains soutiennent que c'est un français régional. Cette opinion résulte d'une vision hégémonique et politique impliquant l'appartenance de la Martinique à la France, mais non d'une analyse linguistique. S'il s'agissait d'un français régional, les éléments de ce " français " seraient appelés à enrichir le patrimoine linguistique français et l'assimilation de ces éléments par les locuteurs nationaux français en découlerait nécessairement. Je soutiens que les éléments linguistiques de ces productions intermédiaires n'ont aucune chance d'être assimilés par des locuteurs ou écrivains français.
A propos de ces énoncés qu'il qualifie de français " créolisé ", J.Bernabé, (Fondal-natal, L t1, p 212) écrit : " comme il participe du créole, langue d'esclaves, langue méprisée depuis des siècles, le français créolisé ne saurait parvenir à se fondre avec le français " hexagonal " au français central qu'il prétend, notamment à travers la pratique littéraire, pouvoir régénérer ".
Je soulignerai qu'il me semble que, par leur pratique littéraire, les auteurs concernés n'ont pas la prétention, eux, de régénérer le français central.
J'ai été ainsi persuadé que nous avions à faire à un système linguistique aux caractéristiques syntaxiques et lexicales propres. Dans ce cas il faudrait les définir, préciser quels rapports ont ces caractéristiques avec le français et le créole.
Ce système linguistique qu'il faudrait pouvoir nommer ne serait-il pas une troisième langue dont disposent les martiniquais?
Si donc je m'aventurais dans l'étude de ces énoncés ne me fallait-il pas faire un choix quant à mon domaine d'étude : oral et écrit ? Oral seul ? Ecrit seul ? Outre les difficultés méthodologiques inhérentes à l'étude des énoncés oraux, se présentait un inconvénient majeur : comment démarquer les énoncés fautifs de ceux relevant d'un choix linguistique conscient ? Je choisis donc la littérature qui offrait d'autant plus de garanties que les choix étaient le résultat d'une volonté linguistique. Ces écrits établissent une adéquation linguistique à leur public.
11.22. L'hypothèse.
C'est ainsi que je fus amené à formuler l'hypothèse suivante : " Dans la littérature martiniquaise, à partir des années 1980, s'affirme un système linguistique, différent du français et du créole et possédant ses propres caractéristiques ". Dès lors je devais confronter cette hypothèse aux faits linguistiques.
III. LE CORPUS.
Les faits linguistiques relevés constitueraient un corpus, c'est-à-dire " un ensemble d'énoncés d'une langue donnée ( oraux, enregistrés, écrits) qui ont été recueillis pour constituer une base d'observation permettant la description et l'analyse de la langue". (Michel Arrivé, Françoise Sadet, Michel Galmiche, 1986, La grammaire d'aujourd'hui. guide alphabétique de linguistique française. Flammarion.) .
Ayant circonscrit mon domaine d'étude à la littérature d'après 1990, mon corpus serait constitué d'énoncés relevés dans des oeuvres romanesques d'écrivains martiniquais. La description et l'analyse des énoncés me permettraient d'infirmer ou de confirmer mon hypothèse.
III.1. Le choix du corpus.
A mes yeux un auteur s'imposait d'office : E. Glissant. Ses romans et ses prises de position sur la langue créole et le français font de lui, le théoricien de ce système linguistique au plan littéraire.
De plus il est considéré comme un auteur difficile, à la langue complexe, recherchée, un auteur "réservé" aux intellectuels. Bref, nous avons, avec les textes de Glissant, un haut degré de sophistication littéraire.
Emile Yoyo présentait, avec "Chemins de nous seuls" (Balland, 1979), les mêmes caractéristiques que Glissant : transgression du code romanesque, langue difficile, confrontation des deux codes linguistiques. Le passé et le poids littéraires de Glissant, mon attachement à son oeuvre ont déterminé mon choix.
P. Chamoiseau s'imposait pour deux raisons :
Il avait fortement souligné l'importance de Glissant dans le choix de sa démarche linguistique. Il faisait l'application pratique des idées de Glissant dans le domaine de la langue.
D'autre part le succès français de son roman "Chronique des sept misères" était la preuve que la langue utilisée par lui ne l'enfermait pas dans le ghetto de la sphère créolophone, qu'elle s'adressait aussi à tous les francophones comme celle d'Antonine Maillet dans "Pélagie La Charette". Grasset.1979.
Enfin un auteur de littérature dite populaire, Guy Cabort-Masson permettait d'avoir un éventail allant de la littérature la plus sophistiquée à la littérature populaire. T.Delsham, dont la production est abondante correspond au même profil. Mon choix en l'occurrence relève plus du hasard que de la réflexion.
Le choix des oeuvres fut très simple ; je retins les dernières à être publiées au moment où je commençais mon travail. C'est ainsi que le corpus fut constitué à partir de :
Mahagony. Edouard Glissant. Seuil. Sept. 1987 253 pages.
Chronique des sept misères. Patrick Chamoiseau. Gallimard.1986, 221 pages.
Pourrir ou Martyr un peu. Guy Cabort-Masson. La Voix du Peuple.1997, 252 pages.
111-2. Présentation du corpus.
Pour chacun des romans, j'ai effectué un relevé systématique de tout ce qui me paraissait différent du français et du créole. Le corpus suit la pagination du livre. Pour chaque énoncé présenté entre crochets, la page est indiquée. Lorsqu'un énoncé était en italique ouentre guillemets, cela a été respecté. De même, les notes ou les glossaires ont été reproduits.
On trouvera donc successivement les corpus de :
- Mahagony,
- Chronique des sept misères,
- Martyr oupourrir un peu.
Ce classement correspond à un éventail qui va de la littérature la plus sophistiquée, Glissant à la littérature dite populaire Cabort-Masson, à la chronologie; Glissant d'abord, Chamoiseau ensuite, Cabort-Masson enfin ont écrit en utilisant ce système intermédiaire.
CORPUS
MAHAGONY Edouard GLISSANT, SEUIL, Septembre 1987
Les pages sont indiquées par des chiffres: Les formes relevées sont entre [ ]
15 : Barbès le Mouchoir et ses [privés ] fuligineux
15 : un champ [de para] pour les taureaux et les génisses
18 : dans un halo de bananiers et de [cacos]
19 : jusqu'à éparpiller aux quatre coins du pays [les fourmis-folles]
18 : la liane [indémélable] [des mangé-couli]
21 : savoir [lire-écrire] était passible de mort
21 : [le quimboiseur] qui un siècle plus tard
22 : récapitula pour la révolte [du géreur] Beautemps
22: et si [ce quimboiseur] révélait même vie
23 : [au ras des yeux] de papa Longoué [le quimboiseur]
23 : où se jouait [un laghia] ivre
25 : Maho [le géreur] en 1936
28 : il [n'en restait pièce] sur les mornes
31 : J'étais [un paroleur] parmi d'autres
32 : puis que [le géreur] Beautemps qui marronna
36 : chante [au ras de midi brûlante] une déclamation
36 : même [aux anolis] visibles, [aux mabouyas] invisibles
37 : qui a charge de [ranger-dénombrer] les coutelas
37 : guêpes [vonvons], qui tourmentent
38 : Un Congo esclave qui peut [lire-écrire]
39 : la campagne [lève] [endorée] de bleu
39 : C'était campagne [des venus-d'ailleurs].
39 : ma manière à moi de donner le conte n'est pas de bonté ni [de justisse]
41 : [Farine France] est velours de la gorge.
42 : En de tels moments, penser [au tout-monde], à tant de [si-loin]
43 : [Le maître-quimbois] a l'habitude, [le commandeur] lui remet les suppliciés
43 : il [ne fait pas même feinte] d'appeler les esprits
43 : je pense son manioc trop à cru pour [ma grage]
44 : un fut [manchoté] pour avoir couru
44 : Elle ne peut imaginer [diviner] supputer
44 : Eudoxie crie [à son corps] que cette eau noire
45 : Eudoxie tremble rétrécit [dans son corps]
45 : [lire-écrire] tellement nul que nul ne Idivineral
45 : je [crois je suis] compétent
46 : On [dit dans les fauxbourgs … il est des nègres]
46 : sur les bords des tas [de manger frais]
46 : les roquilles de tafia sinon [les musses]
46 : On [sait les misérables ramachent] le sable
47 : le roi Napoléon que [nous crions] [La-peau - l'ognon]
47 : Qu'un voyant [longe] son corps
48 : N'est pas pour moi mais pour [les marmailles] de Tani
48 : [Prené] patience à écouter le conte
48 : [Brùlé toutes Gazettes] dérobées. [Lavé] la cendre
48 : Ils [déclament Noël est venu] pour tout l'an.
50 : Couchée sur [ma cabane] j'écoute
50 : Ça c'est [le pied de mangot] qui fait sa sérénade au vent
50 : [Toutes vents c'est vent].[Toutes femmes c'est femme].
50 : [Toutes voix c'est voix]
50 : Jésabel a mangé [couchecouche]
50 : [Ne mangé] pas la terre 1
50 : J'avais dit : " [Mangé] la terre
51 : C'est mâle qui sera [désesclavé], dit-on.
51 : Le lait de vie monte [aux tétés].
51 : Son [rhade] sur [les tétés] est plein de lait.
51 : Je dis :"[Mangé] la terre
51 : Elle [couche] sur le dos pour ne pas écraser
51 : [Une minuit] l'odeur a appelé [la bête-longue]
51 : Jésabel connaît dans [son tété] l'embouchure de la bête.
51 : Avec le même doux attirement que fera bientôt l'enfant, sur l'autre [tété]
51 : L'homme court derrière, il tue [la bête-longue].
52 : sa main [ne tremble pas même]
52 : [Les amarreuses] baissent la tête.
52 : elle traîne le coutelas sur [la trace] jaune rouge
53 : Un nègre ne petit pas mêler une femme [matador] avec un seul bras
53 : Mais est douce autant que [cocomerlo]
55 : [Toutes femmes c'est femme]
55 : le frère en lait de [la bête-longue]
55 : Tani a [trois marmailles] qui ont balayé l'arc-en-ciel
55 : chez la Roche qui [fait combat] avec Senglis
56 : [C'est pas nom] de colon, [c'est nom] de folie
56 : qui sont la maison de l'ennemi [des vonvons]
56 : [les amarreuses] derrière avec leurs reins cassés
56 : je ne peux plus entendre le bruit [des cabrouets] dans [les tracées]
58 : [Toutes mots c'est mot].
58 : elle étrangle [son corps] dans le manioc [le dachine]
58 : [Dirait-on celui-là sacrifie] le temps du dormir
58 : préparé [le coui] avec [la cassave] mouillée
59 : là où [les commandeurs] ont décidé
59 : au commandement ["chanté!"]
59 : [le chanter] tombe avec la fatigue
59 : vous avez l'eau pas trop souvent ni [en pile]
59 : alors [en mitan soleil vous mangez [la cassave]
59 : au commandement ["chanté!"] vous chantez pour chauffer la sueur
59 : la cadence que [le commandeur] a fixée
59 : [il semble la houe le coutelas sont] des animaux
59 : [On raconte là-bas une épouse a séquestré]
60 : Un [gagé] [commandeur] l'avait aidée.
60 : [On raconte, l'époux a entendu les cris]
60 : Hégésippe [croit il est] bel esprit, pour broder [francé] comme pas un.
60 : Ses yeux [ferment]
60 : [il suppose je ne sais pas]
60 : [Dirait-on la lumière a bougé] dans le bois
60 : Mon corps couché sur [la cabane]
61 : qui a tombé dans [le rhazié]
61 : [Toute jeu cé jeu]
62 : [Levé, marché, chouqué. Levé, souffré, mouré]
63 : [Allé!] vous enfantez un travaillant
63 : [Retourné] dans l'invisible
63 : La poussière de février [pétaille] sur leurs têtes
64 : mon bras est [obséqué]
64 : [allé] à cascade, [mangé] un gros, Ebuvé] [un sec]
65 : [n'approché] pas Eudoxie
65 : [n'allé pas] leur voler leur peu
66 : " Vous chassez [vonvons] mariés à [bêtes-longues] devant les coupeurs [amarreurs]
67 : un vieux habitant trop faible pour tailler sarcler [marrer]
67 : la main [du géreur] ne me frappe plus
67 : [Arrangé-vous] de la beauté de la lune
67 : [A matin au soir] le contremaître dénombrait
67 : je [coupais canne] avec mon esprit
67 : ["Protégé-vous] de dénombrer les outils de votre parentèle. [Protégé-vous] d'accroire le conte
68 : mon [lire-écrire] sert à louer son ouvrage
68 : A péri Périclès [le major-damier]
68 : Dirait-on pas que [les cabrouets] roulent
69 : l'enragé [commandeur] [engagé]
69 : où est tabac [caco]
69 : Gani a prédit qu'il faut garder le [tout-monde]
69 : Un seul sait [lire-écrire]
70 : Sans [géreur ni commandeur].
70 : mes reins [cassent] bien avant
71 : Parce que [la mère de la mère de ma mère] m'a crié
71 : le planteur de nos corps a écarté les feuilles de [caco]
72 : Le tigre de l'espérance est disparu [toutafaitement]
76 : Relayant ce vieux houeur, comme [l'amarreur] pas à pas suit le coupeur
77 : pour démarrer chez les colons et [les commandeurs]
78 : on réquisitionnait coupeurs et sarcleurs, [amarreurs] et muletiers
78 : [Les commandeurs] exaspérés s'étaient armés
78 : c'était sûr que [géreurs] ni économes
79 : qui parfois s'éteignaient comme [des bêtes à feu]
79 : sans craindre [les zombies] ni les engoulevents
80 : seule désormais à déposer [le manger]
81 : et les imprécations [des géreurs]
81 : et où la marmaille [ des petites bandes ] menait les mulets
81 n'aurait entraîné [les commandeurs] sur le Chemin
82 sa base était envahie [de bûtes à feu]
83 : "Je vous montre à rêve [le tout-monde]
87 : [Les géreurs] à la fin tâchaient d'organiser
87 : les déployant sur [la savane] argentée
88 : les chiens ni [les géreurs] ne s'y retrouvaient
88 : Le plus entraînant de [ces chanters]
88 : [Les commandeurs] tombaient de rire.
88 : récitant comme une litanie les histoires [du toutmonde]
88 : [Les commandeurs] accouraient pour apprécier
89 : "Je ne sais pas, mais [c'est belle parole]."
89 : ne Voulaient pas couper la canne, cosser [le caco]
89 : la naissance de papa Longoué [le quimboiseur]
91 : outils [zombies] que Tani avait sans doute ramassés
92 : la technique de [ces chanters] que les habitants poussaient à la ronde
92 : [un géreur] déjà trop saoul
92 : [le géreur] affolé armait son fusil
92 : [Commandeurs] et travailleurs semblaient inoccupés
94 : [le quimboiseur] quand il m'avait conté
94 : pendant qu'il débattait avec les objets de sa case, pipe rasoir [calebasse] [canari]
94 : à évoquer [le géreur] Beautemps
94 : sans doute l'un des premiers [géreurs] nègres du pays
95 : une part de la voix [du quimboiseur]
95 : c'était l'épopée [du géreur] Beautemps
96 : le mahogani établissait sur [les cacos]
99 : Ils (les moustiques) [zizanent] sans arrêt
100 : on voit entrecroisés sur [les chadrons] femelles
100 : avec [ce balan] derrière vous
101 : [Un gommier] peut aborder
101 : " Vous êtes une sacrée [issalope]" dit-il
101 : même [un manicou] ne pourrait cheminer ici
102 : guidés, ou gardés, par de gros [vonvons] qui s'écartent parfois
103 : glouglouter cette [calebasse]
103 : c 'est [d'leau-coco] que je mets dedans, je suis habillé en [dlo-coco]
103 : vont courir après Longoué pour goûter [un doux-sirop]
103 : trouvez une manière de servir cette [calebasse] comme un bon [engagé]
103 : boire un coup de coco dans une [calebasse]
104 : votre sapience a donné nom à ce Igéreur] embroussaillé
104 : le nom de voisinage de [ce géreur]
104 : il [lève] à minuit pour parler aux forces
105 : on a tous rencontré [le géreur]
106 : le banjo [pétait] une mazurka
106 : où [le géreur] n'était pas là pour opérer
106 : mais je préfère combattre contre elle [zieu dans zieu]
106 : quand [le géreur] Maho entre dans la boutique
106 : Illico la nouvelle replie [son linge] sur son
107 : [corps]
108 : Je transporte [mon corps] à travers [la savane]
108 : je [n'ai pas même] fini d'ouvrager
108 : Regardez, [mussieu rasoir], il n'est ici
109 : la peau d'un pauvre nègre est trop à [grage]
109 : sauvée de la lessive, purifiée [du canari]
110 : plus à feu que négresse de [trace], plus coulée que [coulie] qui passe
110 : Dit on qu'il envoyait [le géreur] à l'autre bout
110 : le premier [géreur] nègre a tourné son tourment
111 : comme une bonne [corde-mahaut] pour attacher
111 : chacun a oublié le nom de voisinage [du géreur]
111 : [la corde-maho] avait cassé
112 : Je [ne peux pas même] souffler un nimbus
112 : elle déposait [ce manger] en des endroits
112 : le silence plus vert que [du thé-pays]
112 : [les chiens fer] qui courent à trois pattes
113 : puisqu'il a mis [son corps] à tourner
113 : dans un terrain pas plus grand qu'[un deux-sous]
113 : au lieu de penser à tous [ces mangers]
114 : Pas seulement pour [un toloman] mais ni peut-être pas [un calalou] ni [un patenpo]
114 : ce coq-là que vous voyez sous la lisière [des cacos]
114 : ce sera dans [le canari] que voici
114 : Comme si [ce manger] qu'apportait madame Adoline
115 : c'est-à-dire comment il allume il éteint [le tout-monde]
116 : pour un gros [géreur] bouffi en jalousie
116 : ne ravage pas [des pieds-bois] inconnus
116: comme éclair dans une nasse [de titiris]
117 : autour [d'un à-tous-maux]
117 : allons voir si [ce canari] n'est pas passé en ménage avec cette [calebasse]
117 : ce coq-là que vous voyez sous [les cacos]
118 : [Ni mise ni misure]
118 : Tout de suite elle [a couru derrière] [le géreur]
118 : Je dis [le géreur], il n'était qu'un économe
119 : Je rapprochais [mon corps] [du linge] de l'économe
119 : Avec une seule Erhadel sur [son corps]
120 : vingt [cabrouets] de fruit à pain
120 : Elle prend Ele vieux corps] par la main
121 : à peine [ses tétés] sont sortis
121 : Il [ne sait pas même] qu'elle est là.
121 : quand il faut servir [le court-bouillon]
121 : Il trouve sa chemise son col arrangés sur [la cabane]
121 : Il avait attendu d'être nommé Igéreur]
122 : ont commencé à la bousculer dans [les traces] de cannes
122 : Stérile [bouarenguel comme un papaye mâle.
122 : On [dit un jour un homme en ménage la taillait] dans une lisière, [le géreur] passe.
122 : L'homme n'entend pas [le tacatac] du mulet
122/123 : elle regarde [le géreur]
123 : pour suivre [le géreur] qui passe
123 : les yeux [du géreur] les yeux d'Artémise
123 : suivent par-dessus [le han-han] du fornicateur
123 : [le géreur] disparaît sans dire un mot
123 : elle rit tellement que [le coqueur] est démonté
123 : elle pousse comme un cochon des bois, [houinhouin]
123 : Personne ne me regarde, même sans [un parler] ni [un tressaillir].
123 : Les poissons [tête plate] aux câpres
123 : la morue rôtie à [l'ognon pays]
123 : une autre pour la regarder [coquer]
124 : ma voix monte comme un [oiseau pipiri]
124 : Adélaide est encore montée dans [son pipiri]
124 : On a cherché [le géreur].
124 : [Les oiseaux sucriers] ne sifflent pas dans les bois
124 : Impossible de bloquer [le cheval-bois].
125 : Tout le monde [dit madame Adoline a connu]
125 : Ce qui est réel c'est que [le géreur] a lu
125 : On [croit ils tremblaient] devant lui
125 : Quand il taillait les feuilles de canne [les amarreuses] tremblaient
126 : Tout le sang sur [son corps]
126 : Poussait [son houin-houin] en tenant ses cuisses
126 : on [aurait dit le mulet était aussi fou que lui]
126 : [le géreur] ne la voit pas
126 : La cavalcade sur [la trace], la pétarade dans les orties la canne [les mangé-lapin]
126 : ma voix monte [en pipiri]
127 : je ne peux pas répondre, même si [mon corps] était là
127 : Artémise avec eux Ecouis] pleins de [manger]
127 : elle dépose [le coui] le linge plié sur deux [cassaves]
127 : Je dépose [mon manger] à côté, sans regarder
127 : Nous avons mis [le manger]
127 : avec [le manger] disposé à la Sainte Table
128 : [c'est certain toutes les femmes à la ronde vont]
128 : Je pose là mon corps] la question
128 : elle a mordu [la graine]
128 : Artémise est plus [rapia] qu'un Syrien
129 : Elle achète [le manger] dans des bourgs différents
129 : Qui me regarde, c'est [m'en fouté]
129 : pas un ne sait que je fournis [au géreur]
129 : je [suppose maintenant le géreur a appris]
129 : Peut-être [le manger] de madame Adoline est plus délicat
129 : il [ne regarde pas même] dans [les couis] d'Artémise, il les renverse dans [les rhaziés]
130 il : [ne sait pas même]
130 : trois [cabrites] en liberté
130 : pour faire la balance avec le gros [géreur]
130 : il a un seul [linge] comme Artémise
131 : Jeté en travers [des dallots] sur la place
131 : Les gendarmes tremblaient encore, [de l'eau dans leurs yeux]
131 : elle a commencé à parler [au géreur]
132 : Tous les marins [du tout-monde] connaissent
132 : J'ai ri [en pile] quand j'ai vu
132 : la même qui avait cherché [le géreur] dans les bois
132 : je réponds concentrez [vos corps] sur votre travail
133 : soit maîtres soit [géreurs]
133 : un mulet dénaturé qu'il [ne connaît pas même ]
134 : La bête vola sur [les calloges] à lapins
134 : deux lapins sautèrent dans [les cacos]
134 : c'est pas la peine d'être un déclaré [quimboiseur]
135 : s'engouffraient sous [les cacos]
135 : celui-ci n'était jamais entré dans [un pitt]
135 : Le quimboiseur] effeuillait nonchalant des feuilles [d'à-tous-maux]
135 : combien de carnavals autour de [ce mangot vert]
135 : puis de la touffe de cannes à l'entrée des plants de [caco]
136 : -Maintenant vous [les jeunesses], dit Longoué, vous allumez enfin le feu sous [le canari]
136 : -[Diri, diri], vous allez vous contenter d'un bon fruit à pain
137 : faisant mine d'arranger [le bois-gomme]
137 : Les ailes [pétaillèrent], la tête rentra
137 : ne lâchez pas [notre manger]
138 : vola sans ailes jusqu'à la limite [des cacos]
138 : -Vous pouvez annoncer que [pour de bon] [quimbois] est mort
140 : Eudoxie, Adélaîde, [le quimboiseur] : ils avaient cassé ma voix
140 : [le géreur] était [tombé fou] de trouver
141 : Ils [ne savent pas même]
141 : qu'est-ce qui m'a balancé [des golbos] pareils
143 : il chavirait les yeux vers la lune comme [un zombie]
143 : les orties [multipliaient]
143 : mais il [ne voulait pas même] vendre le lait
143 : "Vous avez peur [des coulis] qui adorent le boeuf"
143 : [Le géreur], qui était alors loin au nord
144 : "C'est lune bete-longue]" conclut-il.
145 : Mais [le géreur] connaissait aussi les herbes.
145 : -[Sacré pistache], dit-il,
145 : -[Patience plus belle que violence], répondit-il
145 : [Le géreur] devina peut-être sa présence
146 : -[J'espère il a bon goût] de bons herbages
146 : -A la santé, dit [le géreur] sans détourner la tête
146 : -On [dit même je suis un foudre]
146 : avez entendu parler [du géreur] Beautemps, [non]?
147 : [Le géreur] avait arrêté [son pistonnage]
147 : Ils écoutaient sans entendre Lomé [le géreur]
147 : -[Je suppose, dit Lomé, vous n'avez pas] l'intention
147 : -Non, dit [le géreur], le goût du lait s'en va
147 : -Je [pense vous n'avez pas peur de moi], dit [le géreur]
147 : -Je [n'ai pas peur] ni de démon
148 : -[Sacré pistache], dit Lomé
148 : comme une cravache [de commandeur]
148 : [le géreur] commença d'organiser son temps
149 : Il y retrouvait dans la nuit [les mangers]
150/15l : il ne rencontra pas [le quimboiseur]
151 : [Un quimboiseur] honorable
152 : quand elle affrontait [le géreur]
152 : avait souffert pour [le quimboiseur] de la comédie
152 : je [n'ai pas même] les menottes
152 : -Prenez [une corde-mahaut]
152 : Il ne bougeait pas [d'un ième]
154 : nous étions obsédés [du géreur]
155 : [les géreurs] marrons ou les enfants prédestinés
155 : après combien d'errements dans [le tout-monde]
155 : que c'était [oui] même poussière
157 : [un manger] tout chaud ou une fenêtre bien fermée
158 : -Ouvrez [pour moi], [doudou]
158 : -Prenez [le manger], [battez arrière], monsieur Maho
158 : -Votre mari a un autre [manger] pour la nuit
158 : Cette personne qui déposait le [manger]
158 : ses jambes maigres comme des [baguettes-la-vérité]
159 : dans l'arrière-cour d'un [des privés] du port
160 : La mort [du quimboiseur] se répand
160 : Clamée au détour des acajous, la rage [du géreur]
160 : Le coq de combat [tombé fou] nous renversa se réfugia sous [les cacos]
162 : au Odibert [golbo]
162 : Odibert [tête-vent]
162 : Odibert [la-peau-légume]
162 : j'ai plié [mon corps] sur le banc d'école, [carré] ma tête pour la règle du maître
163 : c'est pas la balle d'Odibert qui aurait pu [décaler] Maho
163 : Bien entendu vous [croyez il est immortel]
163 : Je sais [lire écrire] comme tout [géreur] doit savoir
163 : Venez à me [tourner en] chien errant
163 : Vous [déclarez ce petit nègre croit] qu'il est un mulâtre
163 : Mais le patron colon [ne veut pas Odibert]
164 : Tous [les lire-écrire] sont dans le monde.
164 : Parce que je [sais il a essayé], ce Maho-là.
164 : J'ai constaté comment il prenait [son corps] dans la descente
164 : qui ont battu la femme pour rater le colon [géreur]
165 : Odibert est plus libéré que [manicou]
165 : Je traverse chez [les Coulis]
165 : Vous êtes pourris dans vos jardins comme [un pois-vert] trop arrosé
165 : [Bêtes à feu] mouillés! [Patates de vos mères!] [Manicous] désossés!
169 : alors on tombe sur un carré de [ces herbes couresse], [zebcouress zebcouress], avez-vous changé ... dans la peau de [la bête longue]
169 : j'aplatis [les mangots verts] [les quenettes]
169 : je pense en rythme, [zebcouress zebcouress]
170 : ils vont encore [proclamer je décline] dans la folie
170 : Ils vont encore [délibérer Marie Célat est] [pintinting]
170 : pas grand [pinting] ni [tipinting] mais [pintinting]
171 : Elle [n'a pas même], un balcon pour étendre son linge.
172 : les herbes qui guérissent, les herbes [de quimbois]
175 : elle proclamait que c'était l'enfant [du géreur]
175 : parce qu'il est "aussi" l'enfant [du géreur]
176 : Il [avait mis le désordre], bien avant les événements
177 : Quand Odono [entrait sortait], accompagné de cette cavalerie
177 : Comme si mes enfants étaient enfants de [zombie]
181 : Mais alors, pourquoi je [rêve le rêve] [du géreur]
182 : Il aurait apprécié comment je [rêve le rêve [du géreur]
184 : Je vais m'entêter pour mettre un mot [bosco]
184 : "Regardez, [manman], comment pouvez-vous croire
185 : On a choisi [deux désodeurs] ensemble
185 : - Ida [saute en l'air], elle crie
185 : elles me ramènent [au géreur]
185 : Mais c'est bien [au géreur] que je songe alors.
187 : Mon amitié est avec [le géreur], ma pitié avec Mani
189 : C'est [m'en fouté] si les grands plants ont perdu
190 : Elle [ne résiste pas même], elle se contente d'être là.
190 : comme si j'étais [du bois flot] qui coule
192 : je suis assez grand pour m'occuper de [mon corps]
192 : C'était le poulet frites, la bière le pepsi, le cinéma, [le zouc]
192 : la suie [les poules-bois] en lieu d'ornement
192 : Il partait à [driver] toute la journée
193 : lavé son linge dans [les dallots]
195 : "J'étais avec les jeunes [zoreilles], ils parlaient bas
196 : on a trouvé le corps [du maogis], dans la même position
196 : Sans compter frivoles, qu'ils ne pensent qu'à [coquer]
196 : mon père a sert [pieds de] letchis
197 : Quand il est si facile de grossir [les milans] (qui sont nouvelles bien surnaturelles)
197 : je suis Tiboi mais grand [balan]
197 : "Mani c'était [les tétés]."
197 : Je ne comprends pas les hommes avec [les tétés]
198 : il déclame: " Ça c'est [un zabricot]!"
199 : c'était tout de suite [raché pilé crasé]
198 : Pourquoi [une femme matador] ne peut pas couvrir la trace?
198 : les femmes déposaient [le manger]
199 : Mais moi je [trace] après Mani.
200 : il faut embrasser [les majors] c'est le droit de passage
200 : Il prenait les chemins [découpés]
200 : je [ne vois pas même dans quelle cabane il a pu serrer [son corps]
200 : je rencontre sa grand-mère, vous savez, [cette mère de ma mère] qui
201 : [Cette mère de ma mère] passe tout droit
202 : il attache [la bête longue] à une branche, "je peux toucher [une bête longue]"
203 : [Un gommier] c'est [raide] à entretenir.
207 : C'était si comique inattendu qu'on l'a réputé [ababa]
207 : je n'irais pas [courir derrière] un petit jeune
207 : D'un côté du chemin un garage bas pour [une bâchée 403]
213 : un boeuf sans poil; un chien à corne, [une bête longue]
214 : d'un boeuf, d'un chien, [d'une bête longue]
218 : Rêver [le tout-monde], dans des successions de paysages
218 : je connais Dostoïevski, il [reste] [en bas] des deux [bassignacs]
218 : il m'a soutiré dix francs pour aller jouer [au serbi]
221 : Comme [le géreur] naguère
223 : il a pris [mon manger]
223 : [Les bêtes à feu] sont au repos
225 : à ce que nous appelions [des "chantés-l'enchantement"]
226 : nous renonçons délibérément au vieux ["chanté l'enchantement"]
229 : que l'enfant, frère de lait de [la bête longue]
229 : là où [le géreur] a couru, poussé par
237 : Les lianes [de mangé-lapin] avaient bruni
237 : A ce qu'il parait, je [rentre à case]
238 : Il s'était réfugié dans [le tout-monde]
239 : où nous avions vu un jour une [bête-longue] tracer
239 : il commente [le tout-monde]
240 : pour tout ce qui concerne les enfants appelés, [les géreurs] maudits
243 : Un homme s'avança par [la savane]
244 : vous [avez défréquenté] madame Mycéa
245 : j'ai quitté [la fréquentation]
245 : [Déviré]
246 : dans la campagne à la recherche [du géreur]
246 : Pas plus que [le géreur], elles n'avaient de temps
247 : Peut-être apercevez-vous une grande étendue de [savane]
251 : -Mais [le géreur], c'était sérieux!
251 : Nous sommes, comme eux, Lomé [le géreur]
L'auteur fournit un glossaire aux pages 230, 231, 232, 233, où l'on retrouve les mots suivants: anolis, à-tous-maux, cabrouet, caco, calalou cassave, chopine, roquille, musse, coui, cocomerlo, dachine, laghia, mabouya, major-damier, mangé-couli, para, patenpo, privé, rhade, rhazié, titiri, toloman, bassignac chadron, couchecouche, gommier, grand pinting, bosco, golbo.
CORPUS
Chronique des sept misères, Patrick Chamoiseau, Gallimard, 1986
Les pages sont indiquées par des chiffres: Les formes relevées sont entre [ ]
13 : les trois marchés de Fort-de-France étaient pour nous [djobeurs]
13 : apparurent les [djobeurs]
14 : leur ramener une [la-monnaie]
14 : c'était la crème du [djob]
14 : Donc, [manmaye] [ho]! parler de nous rend
15 : qui deviendra reine incontestable du[manger-macadam]
15 : il disparut .. dans les [bas-bois]
16 : ou à [droite-gauche] dans les cases du Vert-Pré
16 : la voix retentissante de Félix Soleil (son nom, [oui])
16 : Faites attention à moi, [hein]? [bon]!
16 : sa gamelle de morue [frite-avocats-choux durs]
16 : les [macaqueries] terminées
16 : préserver [l'écale] de leur dos
16 : Alice et Adèle déchaînaient un [zouelle] (jeu)
17 : un galop aveugle à travers la [savane]
17 : charmée par les fleurs des [raziés]
17 : seul un [mâle à deux graines] pouvait
17 : mettait à [l'embellie] le linge lavé
17 : cuire quelques bananes [ti-nains]
18 : terrassées par une [Bête-longue]. Note en bas de page.
18 : en créole [d'ici-là]
18 : c'est pas un petit trou d'igname seulement qu'on peut faire, [je te dis]!
18 : un punch [trois-doigts]
19 : quelqu'un [a envoyé quelque chose derrière toi]
19 : il confectionna dans du [bois-bombe] une centaine de pieux
19 : [on a assez maintenant avec toi]
20 : le maçon revêtit son [linge] d'enterrement
20 : bandes de [putaines] ... [bôbô]
20 : aux [soficougnans ... aux chouval-bois, aux bêtes-z'oreilles, aux mabouyas]
21 : une [charge d'années] plus tard
21 : les [cabouyas] organisaient malgré leur délire
22 : Roulant de gros [z'yeux]
22 : mais qui se trouva [oui] fort dépourvue
22 : lui restait [djok], très alerte
22 : Héloïse (jeune femme à [tétés])
22 : ne pouvait plus se permettre d'errer dans les [savanes]
23 : sans [ti-bois] ni tambour
23 : voici comment vint le [dorlis]
24 : n'avaient pas fréquenté le moindre [béké]
24 : tu peux la prendre [oui]
25 : lui avait fait construire une petite [caye].
25 : fut désormais la [femme-fossoyeur]
25 : les [droite-gauche] de sa tête
26 : Ah, [pitite], ce que tu ne sais est bien plus grand que toi
26 : séduite par un [couli]. Note en bas de page.
26 : spécialiste en [balai-bambou]
26 : expédiée par Fanotte depuis [l'autre bord]
27 : [missié] l'abbé a dit [bras-pour-aller-l'enterrement-à-cinq-heures]
27 : [Hébin], je l'avais oubliée [oui]!
27 : elle [prit-courir pour] elle sur la route chaude
27 : Anatole-Anatole garda son [marcher] tranquille
28 : j'envoie l'eau bénite [sur] toi
28 : avoir fait un [dorlis]
28 : [Au pipiri], celle-ci se découvrit meurtrie
28 : comme il était dit pour se protéger des [dorlis]
29 : Le [dorlis] versa des larmes d'impuissance sur ce [contre-charme] invincible
29 : cette gifle magistrale qu'elle réserve aux [engagés]. Note en bas de page.
29 : il se dissimula sous un [chapeau- bakoua]
29 : Rassurée par l'efficacité de son [contre-charme]
29 : je suis bien contente [pour toi] car te voilà [en situation]
29 : nouveau grand [dorlis] du pays
30 : Mais comment tu vas l'appeler, [han]
30 : au ventre sinistré des femmes [d'après-couches]
30 : le [bakoua] aux ailes tombantes sur chaque joue
31 : s'engouffra dans le [cabrouet] d'un gros [chabin] Note en bas de page pour chabin.
31 : poursuivie par une troupe de [zombis]
32 : et les petits [quimbois-maléfiques] qui troublaient la paix des caveaux
32 : allongés entre les [gommiers] (bateaux) de pêcheurs
33 : Repose [ton corps]
33 : tu as fait une prière [pour] moi
34 : qui vient d'arriver du Vert-Pré avec son [iche] (enfant)
35 : -Mais qui est son père [han]?
35 : un nommé Hector, [mi-couli mi-nègre mi-chinois] propriétaire d'un beau [gommier]
35 : -Mais comment peut-on prendre tout seul autant de poissons, [han]?
36 : ne pouvaient être que des [personnes gagées]
37 : En revenant de son [posé-reins], Manman-Doudou
37 : [Mussieu] quelles sont vos intentions,
38 : tenu par un [couli] en forme de ficelle
38 : vendre par roquille, ... [mice]
39 : Le couli avait l'air d'avoir reçu un coco
39 : [Man] Faville, .... , révéla dans le malheur sa nature de [matador]
40 : Les petits chapeaux et les [gaules] de veuves qu'il fallut se procurer
42 : aux marchandes [d'herbes-médecine] et de [graines-à-pouvoir]
42 : ses beignets que les nègres nomment [marinades]
42 : son [touffé-requin] ... [son macadam]
42 : C'était un [manger] de riz
42 : nous, [djobeurs], étions déjà là
42 : on [la dit] [Man] Elo
43 : [l'homme à deux graines] ne vend pas
43 : [z'épices ... gros-cacao .... marchandes-sorcières ... herbes-à-tous-maux ... moussache]
43 : les [marchandes-poissons]
44 : où mijotait le royal [macadam]
44 : Elmire, une [pacotilleuse]
44 : les marchandes [se posaient les reins]
44 : c'est à une heure comme celle-là [oui]
44 : elle lavait et s'écroula [blip]
44 : [l'engagé] s'avançait tranquillement
44 : d'un pas sans [tremblade]
45 : Avance [pitite]
45 : nous dirions [non-merci-beaucoup]
45 : il dissipait ses journées à [tourner-virer]
46 : nous expédia [ici-dans] un amiral
46 : accompagné de Sénégalais et [d'autres qualités de soldats]
46 : On parlait aussi, [tout partout]
46 : une espèce de [vakabon]
46 : fréquenter des [cousins-bitakos], des filleuls de [raziés]
47 : Nous, [djobeurs], ... , [avions dé-garé] une intelligence pour déjouer la famine
47 : docteur en astiquage pour [toutes qualités de véhicule]
47 : il voulut [là-même] lui fournir une raison de vivre
47 : il s'adressa à nous, à nous [oui!]
47 : s'élançaient vers la France libre sur des [yoles] (bateaux) hasardeuses
48 : moyennant sel, viande, légumes ou bonne [lamonnaie]
48 : on ne mange pas les gens [ici-là]
49 : la corpulence ( santé, [oui!] )
49 : gazouiller dans [les herbes-cabouyas] infestées de de [Bûtes-longues]
49 : la confia à un [chabin-foubin] qui ... avait rencontré une [femme-matador]
49 : le [chabin-foubin] restait assis
50 : Clarine ne pleurait jamais avec le [chabin-foubin]
50 : les [marmailles] vont à l'école
50 : la garde des boeufs d'un [Misié] Pierre
50 : un petit cheptel bovin dans les [savanes]
50 : où l'avait plongée le [chabin-foubin]
50 : major de la [mazouk], [mètpiès] du boléro, pape du [vidé] de carnaval
51 : elle et [prit-courir] [se serrer] sous le ventre d'une vache
51 : Alphonse Ahtoinette [mit ses dents à l'embellie]
51 : [- Hébin], pourquoi tu as peur comme ça, [ma fi]
51 : [ Flap!] ce dernier ressentit ce vertige
51 : un jour de [senne] [oui], un pêcheur découvrit
52 : [mi désarmement, mi]
52 : [Marchant, marchant, marchant,] Clarine parvint
53 : [Prenant-courir] dans la rue François-Arago
53 : l'habituelle bagarre de crabes [sémafot]
55 : tuaient les gens [tout bonnement]
55 : une sagesse difficile à saisir [en z'attrape]
55 : invisibles aux regards des [vieux-blancs]
55 : l'albinos n'était pas de ces [maîtres-pièces]
55 : pendant [une charge de temps]
55 : ils tombèrent sur [un modèle de qualité de monstre]
55 : Le bonhomme était tellement [vidjok]. Note en bas de page.
56 : (conséquence des biberons de [toloman] et des vitamines de fruit-à-pain, [oui])
56 : [Ababa], Gogo porteur du coup vit le colosse
56 : malgré les [virées-dévirées] de leur [yole]
56 : toute la nuit [je te dis]
56 : Elle nettoya la petite [caye] de fond en comble
57 : Quand la petite [caye] ne suffit plus à canaliser
57 : elle se replongea danss ses [djobs]
57 : pour que des amis s'y effacent comme ça, [ho]
57 : deux sachets de [farine-manioc]
57 : tout ce qu'il faut pour vivre [ton corps]
58 : tendres comme coton, et [douces, douces] [oui]
58 : [Hébin bondié], [ma fi] [esse que] des fois Gogo
58 : un arbre qui, [final], devait bien être celui
59 : depuis le naufrage de la [yole] de Gogo
59 : la pensée d'avoir un père [dorlis]
59 : qui me [ferre] comme un vieux chien [fout]
59 : congédiaient bien vite ce jeune [zoclik]. Note en bas de page.
59 : les bras de fer des [maîtres-djobeurs]
59 : tes yeux sont comme des marigots sous la lune [hébin, hébin, hébin...]
60 : Il s'agissait, [manmaye], de notre Ti-Joge
60 : (Voici le [milan] sur Ti-Joge,...)
61 : quelque mère [béké]
61 : elle abandonna la vente de [pistaches]
61 : une illumination profonde lui fit concevoir ces [gaules] sinistres
61 : des sous perdus dans les [dalots] par les [bitakos], paysans du samedi
62 : C'était le [milan] que vous savez
62 : où il se puisait [une-deux] principes de vie
63 : Des [quimboiseurs] (sorciers) s'alignaient
63 : et l'épousa [sans tibwa-ni-gwoka],
65 : Les [djobeurs] rescapés de la guerre
65 : être appelé [maître-djobeur] par les marchandes
65 : Didon [couli] sec, aux beaux cheveux noirs
65 : [dachines], [pacotilleuses] [quimboiseuses]
65 : exposant herbes rares, poudre lunaire et [bois-bandé]
66 : [Ho] pas de [blesse] à mes tomates!_ 66 Nous, [maîtres-djobeurs], pourchassions
67 : les ergots des coqs Idjames] élevés pour le combat
67 : il juge de la saveur d'une [pomme-liane]
67 : sous un [chapeau-bakoua] éteint
68 : a vente des frites [déraillait] tes jambes
68 : Sa parole d'os [nous rendait chiens]
69 : Man Elo, reine du [macadam], hélait l'amateur de Ilosis]
70 : le secret des coeurs de Egiraumons]
70 : - Maintenant laissez-moi tranquille, [hein]
70 : nous [prenions-courir] vers le sanctuaire
71 : depuis les [anneaux-créoles] jusqu'à ce [collier-choux] dont l'une des boules renfermait
71 : aucun [foubin] (téméraire) ne lui avait proposé
72 : fut un [quimboiseur], terrible sorcier
72 : le Equimboiseur] que l'on voyait [rôdailler]
72 : ne craignait pas le [quimboiseur]
72 : le local d'un cordonnier [déraillé] par le diabète
72 : nous portions nos [santiagos] ailleurs
72 : Les [békés], au départ, méprisaient
72 : Ses chaînes [gros-sirop], ses [tétés-négresses] ses [nids-de-guêpes],...ses [pommes-cannelle]
72 : il trouva pour la [chaudière calendée] l'épingle
73 : -Je veux ton plus beau bijou, dit le [quimboiseur]
73 : commençait à [koker](baiser) Chinotte
73 : et, [wabap], les défenses de l'Aventurière s'étaient dispersées
73 : Après [avoir koké] Chinotte de longues heures
73 : Toujours est-il que notre [quimboiseur]
73 : impatients du [macadam] royal de [Man] Elo
74 : vente des [légumes-soupe]
74 : il faudra ranger les invendus les [serrer fond] sous certains établis
75 : Pipi, roi des [djobeurs], [mi]
75 : Sirop et Pin-Pon leur servait de [mentors]
75 : transmettaient l'essence du [djob], faire et savoir du [maître-djobeur]
75 : les différents rangements [des qualités de grappes]
75 : la rendant fidèle à un [djobeur]
75 : là, naît le [djobeur]
76 : les pressions sur la barre pour les divers [icaques] (détours)
76 : Man Elo nous offrit un [macadam-merci]
77 : Les [maîtres-djobeurs], Si filon, Fi n-Pon. .
77 : Les avantages de ce [djob]
77 : n'avait pas encore de [djobeur] attitré
77 : le premier arrivé à la Croix-mission aurait le Idjobl
77 : tous nos cris de chiens [ferrés] tonnaient
78 : Pin-Fon et Sifilon tombèrent dans une [nasse] de personnes en quête de poissons
79 : comment vendre ce défi aux famines: en tranches? [en bis]? au mètre ou au kilo?
80 : les muscles noueux de [maître-djobeur]
80 : cuisinière chez une [madame] de la rue Lamartine
82 : Le [maître-djobeur] lui contait sa dérive à l'annonce de son père Edorlis]
82 : Où ça, [han]?
83 : Le [maître-djobeur] demeurait [ababa]
83 : plus intelligent au [djob] qu'à l'école
83 : mais le garçon aimait les [djobeurs]
84 : Abandonner un enfant comme ça [hébin] !
84 : [Laisser ça tomber], conseilla Pipi
84 : beaucoup d'autres [qualités d'argent]
85 : [laisse ma petite-fille voir l'igname]
85 : Et le roi vit [l'échappée-couli. Note en bas de page.
85 : Pipi y passa [une-deux] temps
85 : Pipi [ho], une faiblesse?
85 : -Qui est-ce [han], cette fille-là?
86 : les treize marchandes du concombre [massissi]
86 : La créature le remercia avec une [belle chaleur]
87 : [Quart de mot] sur le père Anastase
87 : avant de s'embarquer dans la charrette du [béké]
87 : Les [gendarmes-à-cheval] se chargeaient ensuite de le faire respecter
88 : et surtout le [béké] qui, de blanc vêtu
88 : Les [gendarmes-à-cheval] traquèrent le meurtrier
88 : le [béké], désormais boiteux
88 : Aucun [béké] du coin ne voulant embaucher
88 : l'abbé qui lui apprit, et le [lire et écrire]
88 : il suivit le [major] du quartier. Note en bas de page.
89 : une canne [d'avant-l'heure]
89 : ses muscles avaient la dureté du [bois-bombe]
89 : accompagné de ses deux [tambouyés], ses hommes à [tibwa]
90 : Il se signa, balança son [bakoua]
90 : sous les [wop wop wop] de la foule
90 : L'on sut ainsi qu'il était [monté]
90 : [me lever c'est lever] l'usine du Robert
90 : le contourna et, après... de ce monde du [laghia] ,[manman], lui porta ce coup de talon définitif
90 : que des amis compatissants précipitèrent du haut d'une falaise du Lorrain en manière de service, [voilà]
90 : Kouli en colère demanda voix [aux répondeurs]
91 : il réussit sur Kouli cinq [levés-renversés]
91 : et suffit qu'un [doublé-pieds] lui détruise le foie
91 : une couvée de mangoustes fuyant un [du-feu] de cannes
91 : Les jeunes [dogues] affluèrent
92 : Kouli en charroyait une dans les [raziés]
92 : Le [laghia] dura une heure
92 : [une touffe] de femmes remplissait d'envies frémissantes
93 : Kouli la parole était [pour toi]
93 : qu'il [koka] toute la nuit
93 : La capresse [se criait] Féfée Célie
95 : tirer les dés d'un Iserbil avec ses camarades
95 : C'était le [quart de mot]
95 : [Après après après après après] cette naissance surprit toute la maisonnée
95 : [-Hébin ma fi, hébin hébin hébin] c'est pour ça que ton ventre était gros comme ça [hébin
hébin hébin]
95 : en attendant que les draps aient leur compte [d'embellie]
96 : on va demander à Monsieur Kouli ses intentions [là-même]
96 : on ne fait pas de [laghia] contre les fusils
96 : reprirent le chemin de leur [caye]
96 : [Esse] qu'Anastase a bien mangé ?
97 : elle va être la première femme de [laghia]
97 : Eh oui, [mésié-zé-dames]
97 : décelait toujours une ruade de [laghia]
97 : pour payer les [tambouyés] qu'il. convoquait
97 : lui indiquait des pas de [laghia]
97 : les pas de base du [laghia], mais sans ajouter
97 : (jouet de la fatalité, [oui])
99 : Siloce mangeait un [dongrés] dans la cour
99 : Kouli c'était [quelle personne à toi]?
99 : et peut te renverser [là-même]
100 : plus fermé et gris qu'un [coquillage-soudon]
100 : Les [kra kra kra] et les processions
100 : Isidore activa ses [tambouyés]
101 : avec tout bonnement un envoi [de beauté sur la beauté] et, sans arrêt, de [joli derrière le joli]
102 : elles se mirent à [l'espère] de l'aube
102 : Une [mauvaise qualité] de désespoir les prit [pour] camarades dès l'annonce de cette mort
103 : mais sachez, vous [djobeurs] sans soucis
104 : -[Hébin]? s'étonna [Man] Goul
104 : écoutez, l'amour [ici-là] va cueillir
105 : renouaient avec la liberté dans des [zouelles] échevélés
105 : une belle jeune fille à [tétés]
107 : de quarterons, d'albinos et [d'échappées-coulies]
107 : [ouye] méfiez-vous de l'amour
107 : Elle se disposait à l'emploi du [contre-charme]
107 : Man Goul comprit [flap] !
108 : Fermée comme un [soudon](coquillage)
109 : d'un trou abritant deux [mâles-crabes]
110 : et parvenait à lui arracher lune-deux] sourires
110 : Eh bien mon [fi], comment s'appelle-t-elle [han]? il( Oubliant ses obligations de [maître-djobeur]
110 : [L'échappée] s'affligeait de ce désespoir. pour un coup de [senne] dans la tristesse il avait retrouvé sa brouette et ses [djobs]
112 : [Royel nous [mîmes pleurer par terre] à l'écoute de cette parole d'hommage
112 : Nous, Didon, Sirop, Sifilon [maîtres-djobeurs]
115 : face aux [macaqueries] du destin
117 : Les [békés] vendaient leurs terres
117 : (Français par un [coup de loi])
118 : La vie de [djobeur] devint plus aride
119 : un charabia de [haute-taille] pour touristes. Note en bas de page.
119 : L'étudiante n'y comprenait [hak]
120 : Nous, [maîtres-djobeurs] blanchissants, n'avions
120 : à ses [djobs] de plus en plus mal faits
121 : les [raziés] du séminaire-collège
121 : dans les [raziés] du Bois-de-Boulogne
121 : [Man] Joge en fit une demande
122 : [Man] Joge dévastée vint nous annoncer
122 : qu'avait-elle à pleurer pour un [djobeur]
122 : [djobant] une douleur plus lourde que la nôtre
122 : c'était sa mère [manmaye]
123 : Songe uniquement que , et que, [final de compte], c'est l'oublieuse qui paya ton cercueil
123 : des sacs de gros [békés] vicieux les contes en parlent, [oui]
124 : [Hébin] Ouais! Comment veux-tu que ce pays
124 : la canne est malade, [cagoue] [même]
124 : la banane [est tombée en état]
124 : la misère mène son [bankoulélé]
124 : Les [djobeurs] se rabattaient sur les Syriens
124 : mais ces [djobs] lui évitaient la simple charité
125 : -Bêtises de [rhumiers] !
125 : dans cette ville [ababa] qui sèche au soleil
125 : plus pensif qu'un [zandoli] devant une mouche
125 : et d'atterrir [ici-dans] royale et mystérieuse
126 : Un maître [béké] de l'ancienne époque
126 : Il lui fit charger la jarre sur un [cabrouet]
126 : et de [manicous] sans compères
126 : Le [béké], à ce qu'il paraît,
127 : où les [Bêtes-longues] sifflaient
127 : Je vais rester chez vous, [oui]
127 : les longs cils des fougères arborescentes et des [raziés] levés
127 : Ah ça question de [rester, tu vas rester], ricanait le [béké]
127 :le [béké] penché au-dessus du trou
127 : Afoukal sentit un [vieux] sifflement germer
127 : toutes ses dents à [l'embellie]
127 : mais donne-moi une [petite] main [souplé]
127 :le hissa vers lui et [flap]! lui fendit le crâne
128 :Elle découragea le [béké] lui-même
128 :[sacrée manman de la rumeur]
128 : toute une génération de [foubins] s'était abimée
129 des petits yeux de [dorlis]
129 : La [cacarelle] lui procura suffisamment de [balan] (vitesse) pour éviter la décharge suivante.
129 : il avait rampé dans une couche de [caca-poule]
129 : arpenta l'architecture dédalienne jusqu'au [pipiri-chantant]
129 : en maudissant les voleurs et autres nègres [isalopes]
129 : où même à Pâques (heure du [manger de crabes]) personne n'allait piéger les trous 130 l'épaisse toison [d'herbe-guinée]
130 : [les tikitak tikitak tak tak] d'une ossature mal soudée
130 : qu'il charroya clans nos [djobs]
131 :Les [vieux-corps] continuaient à rire
131 : est-ce que la jarre ne serait pas déjà dans nos [affaires]
131 : pour prendre la jarre sans [pièce] problème
131 : L'espoir enflammait Pipi comme des [raziés] secs
132 : devant un punch [quatre-doigts] qu'il ne buvait même plus
132 : plus bizarre qu'un [mangot] hors saison
132 : Il n'avait plus le goût des [djobs]
132 : Oui c'est moi Pipi, [djobeur] de déveine
132 : Le [zombi] semblait l'écouter
132 : s'ils émanaient de [l'herbe-guinée]
133 : Et, souvent en [marronnage] . Note en bas de page.
134 : Avant le [pipiri], le commandeur sifflait
134 : Nous débouchions alors sur la prière à dire et le [petit-manger]
134 : La [demi-nuit] et le vent encore froid
134 : Les [Bêtes-longues] savaient nous vaincre
135 : les morts empoisonnées offertes par les [Bêtes-longues]
135 : Quelle impure gestation, quel enfer utérin, [roye roye roye]!
136 : Derrière, l'homme du [vocal] disait le Congo.
137 : il [allait-revenait] comptant nos tas
137 : dans le petit [coui] de la main gauche
137 : Le grand [coui] de la main droite
137 : les tranches d'igname, de [giraumon]
137 : Nous allions [serrer] le tout dans les cases
139 : tiques d'un même [chien-fer]
140 : Ni le sirop [d'herbe-à-charpentier]
140 : pour une bonne qualité [d'herbe-à-piment]
140 : rêver à la pimprenelle sauvage, à [l'herbe-à-tous-maux]
140 : qui charroyait tant de [marmaille] du jour
142 : les [papas-feuilles] qui savaient tout
143 : Pense d'abord au [marronnage] [de-devant-les-bois]
143 : pour courir à plein ventre d ans les [raziés]
144 : Ah la liberté n'est pas une [manman-poule] !
144 : Ta vie devient celle du [manicou].
144 : qui hantent l'ombre des [raziés]
145 : pour te savoir [nègre-marron] ou pas
145 : Il faut connaître la grande [marronne] effectuée solitaire loin des bandes.
145 : Ah! ces [nègres-marrons] du silence
145 : Ils soignaient les blessures des bandes et repoussaient les [ma-pians]
145 : Ils paraissaient solides comme du [bois-bombe]
146 : sacrifiées en notre nom par les [papa-feuilles]
147 : Chaque fois qu'il mourait (empoisonné par les [papas-feuilles])
149 : lui demandaient s'il n'était pas devenu [macoumè] (homosexuel)
150 : [bi] de fer scellé à une cheville
150 : Il nous fit connaître Tripe, [nègre-marron ]
150 : -[Manmay], c'est un vieux souvenir
150 : n'attirait même plus que nous-mêmes [djobeurs]
150 : lui achetait quelques [marinades]
152 : -[Hein]?! Pourquoi du poivre?
152 : son [tray] de poivre couvert de treize chapelets
153 : Odibert l'accablait d'un [ouélélé] de jurons
153 : jusqu'aux Idjobs] des départs de marchandes
153 : frissonnants à l'écoute de la liste des morts quand [hébin! hébin ! hébin !]
154 : Pipi donna du [vocal] avec nous.
155 : délaissant les Edjobs] et sa magnifique brouette
155 : Il ne quitta plus la clairière durant une [charge de temps]
156 : le [bakoua] indestructible et noirâtre
156 : derrière un mur de [cabouyas]
156 : lui amenait des [carreaux] de fruit-à-pain, des [bis] de patates
156 : [Roye roye] mais c'est un Mandingue
157 : mais qu'il finit par avaler [glouque] ! d'une manière [soubaroue]
157 : La parole en fit un [papa-quimboiseur]
157 : pour approcher à tour de rôle le [papa-bête-à-feu]
157 : elle m'a laissé trois [petites personnes] [oui]!
157 : Tu peux la faire [dévirer], [han]?
157 : J'ai [une misère] qui [a pris pied sur moi]
157 : arrivaient chargés des [offrandes-à-sorciers]
158 : jambons de [cochons-planches]
158 : Seuls quelques [têbês] fils de Colson
158 : [engagés] [déraillés] par leur contrat avec le diable
158 : rameutaient [toutes qualités] de politiciens
159 : drapeau et tambours [gwo-ka]
159 : les avait accueillis par un tir de débris et tant de [et coetera manman, et coeter manman]
159 : Une [vieille] faiblesse vint l'habiter
159 : en vue d'améliorer un [canari]
160 : à la recherche d'un [papa-feuilles]
160 : des tisanes [d'herbes-à-tous-maux]
160 : Guidé par les garçons, le [papa-feuilles] arriva
160 : le [papa-feuilles] quittait sans attendre
160 : le corps [décalé] du grand sorcier
157 : La parole en fit un [papa-quimboiseur]
157 : pour approcher à tour de rôle le [papa-bête-à-feu]
157 : elle m'a laissé trois [petites personnes] [oui]!
157 : Tu peux la faire [dévirer], [han]?
157 : J'ai [une misère] qui [a pris pied sur moi]
157 : arrivaient chargés des [offrandes-à-sorciers]
158 : jambons de [cochons-planches]
158 : Seuls quelques [têbês] fils de Colson
158 : [engagés] [déraillés] par leur contrat avec le diable
158 : rameutaient [toutes qualités] de politiciens
159 : drapeau et tambours [gwo-ka]
159 : les avait accueillis par un tir de débris et tant de [et coetera manman, et coeter manman]
159 : Une [vieille] faiblesse vint l'habiter
159 : en vue d'améliorer un [canari]
160 : à la recherche d'un [papa-feuilles]
160 : des tisanes [d'herbes-à-tous-maux]
160 : Guidé par les garçons, le [papa-feuilles] arriva
160 : le [papa-feuilles] quittait sans attendre
160 : le corps [décalé] du grand sorcier
160 : le [papa-feuilles] se sentir défaillir
160 : des tiges de [bois-vert] à mâcher
160 : l'ancien roi des [djobeurs]
161 : il atteignait un sous-bois de [raziés]
161 : de l'avoir vainement cherché durant une [charge d'heures]
161 : le [papa-feuilles] venait gratter à la porte
161 : -Exact, gloussait le [papa-feuilles],
162 : Est-ce que le rhum soûle le [rhumier]?
162 : des applications hebdomadaires de [citrons-pays] de [cressons-savanes] écrasés, ... et d'une lotion de [bois-canon]
162 : par des infusions de [tabac-à-jacquot], un sirop de [zêbes-à-charpentier]
162 : des feuilles de manguier, de [marie-dèyè-lopital]
162 : - [Papa-feuilles], [ho] Papa,
162 : Oh rien, un [ti-compère] des feuilles
162 : avec des tisanes d'herbes [couresses] et de [totottes fruit-à-pain]
162 : au jus de carotte et [d'épinards-pays]
163 : l'écorce de cachiman [coeur-de-boeuf]
163 : Le [papa-feuilles] demeurait persuadé
163 : [fiche] que tu dis des bétises
164 : -Tu es [paré], dit-il enfin
164 : le [papa-feuilles] ramassa ses affaires
164 : mais il disparut dès les premiers [raziés]
164 : -Merci Papa, hurla-t-il malgré tout dans le [bas-bois], tu peux compter
164 : avait définitivement plongé le [papa-feuilles]
164 : Pipi ne put répondre [hak] à la question posée
164 : Avec un [couteau-chien], puis un éclat de bouteille
164 : Enfin, elle entreprit de le gaver de bonites en [court-bouillon], de [riz-pois rouges] ... qu'abritent les [canaris]
165 : Cette dette colossale lui fit oublier l'adresse du [débit-de-la-régie]
165 : L'apparition de Pipi brisa net son [balan]
165 : [ti-nain] le matin, [ti-nain] à midi, [ti-nain] le soir
165 : et retrouver, tonnerre du sort, le goût du [koké]
165 : les prévenances de la grosse [chabine]
167 : guettant de derrière les [raziés]
167 : Abreuvé d'une décoction de [bois-bandé], Pipi
167 : trahi par ses forces ou par un [bois-bandé] de mauvaise qualité
168 : celle d'oranges sures et [d'herbes-à-charpentier]
168 : Il y avait enfin celles de [bois-flot]
168 : ne s'étaient résolus à [mettre un milieu] dans cet amour-immoral
168 : -[Bandes-chiens], [isalopes] sans baptême
168 : Ils se mirent à lancer chaque nuit [une charge] de pierres sur les tôles de la case
169 : et libérèrent le [cochon-planche]
169 : une bougie allumée collée sur son [bakoua]
169 : vos [lolos] (pénis) vont rancir
169 : versèrent [flap-flap] les concubins
169 : le régime des [ti-nains] quotidiens
170 : Il sépara le lit de la [chabine]
171 : Mais [Manman] disait que les [nègres-marrons]
171 : le soir à table devant la [soupe-de-pieds]
172 : ils s'étaient introduits dans l'harmonie des [bas-bois], des insectes et [raziés]
173 : une science comparable à celle du [papa-feuilles]
173 : leur [bankoulélé] sexuel s'en trouvait bien réduit
174 : il faut mener ces plantes comme à [la haute taille]
174 : Bon dieu sait ce qu'il fait, gémissait la [chabine]
168 : celle d'oranges sures et [d'herbes-à-charpentier]
168 : Il y avait enfin celles de [bois-flot]
168 : ne s'étaient résolus à [mettre un milieu] dans cet amour-immoral
168 : -[Bandes-chiens], [isalopes] sans baptême
168 : Ils se mirent à lancer chaque nuit [une charge] de pierres sur les tôles de la case
169 : et libérèrent le [cochon-planche]
169 : une bougie allumée collée sur son [bakoua]
169 : vos [lolos] (pénis) vont rancir
169 : versèrent [flap-flap] les concubins
169 : le régime des [ti-nains] quotidiens
170 : Il sépara le lit de la [chabine]
171 : Mais [Manman] disait que les [nègres-marrons]
171 : le soir à table devant la [soupe-de-pieds]
172 : ils s'étaient introduits dans l'harmonie des [bas-bois], des insectes et [raziés]
173 : une science comparable à celle du [papa-feuilles]
173 : leur [bankoulélé] sexuel s'en trouvait bien réduit
174 : il faut mener ces plantes comme à [la haute taille]
174 : Bon dieu sait ce qu'il fait, gémissait la [chabine]
177 : -Eh bien Pipi, [fiche] que tu es couillon quand même [fout]
177 : Pipi qui le regardait en [agoulou]
178 : Césaire avait fait débloquer un gros [bi] de millions par le conseil régional
179 : -Cherche d'abord le sujet du verbe, [épi] le complément d'objet direct
179 : -Après après après, faut pas haler trop de [sennes] à la fois
180 : Bientôt un peuple de [crapaulades] y installa
180 : Le [papa-feuilles] avait été vainement recherché
180 : hurlant comme une [débiellée] toutes les trois secondes
181 : Les [gratelles] revenaient vite
182 : -[Eti]?
182 : ce que les vieux nègres appellent un [palaviré]
182 : deux ou trois [ziguinottes]
182 : elle la souleva pour la gratifier d'une [banane] dans la cuisse
182 : [Tiocs], calottes, [pichonades], [grafiniades], [boks], achevèrent le traitement.
182 : tu ne gènes pas ton [petit corps] ou quoi
183 : Elle le [pilonna] comme une viande
183 : Pipi s'en alla [droit-direct] vers
183 : mais le temps [passa-passa] et nul ne risqua plus
183 : ne plantait que des [pieds de] piments ou de [mangé-coulis]
183 : mordant chaque produit, [faisant disparaître les prendre flap] !
184 : On [prit-courir] vers les portes
184 : le [vocal] donnait à mort
184 : Marchandes, [quimboiseuses], et nous-mûmes [djobeurs]
185 : La police, nous encerclant [flap-flap]
185 : [bidime] triomphe
185 : à la pointe du [pipiri], il en jaillit du [tout-partout]
186 : il se mit à [prendre-derrière] les bestioles
186 : en leur grinçant des [Vini vini vini vini] quelque peu menaçants
186 : pour lancer un faîtes attention à moi [danne]
186 : [anneaux-clous] et [anneaux-chenilles] frôlant
186 : nous laissant [ababas]
187 : les plus jeunes, bouchez en [gobe-mouches],
187 : Les [colliers-choux], les broches, les épingles
187 : elles n'avaient pas d'yeux, oo [manman] nous pleurions sur ça
187 : Leurs bijoux cette fois étaient la chaîne [gros-sirop], .... des [broches-chenilles]
188 : Elles apparurent [une charge de fois]
188 : -Qu'allez-vous faire de toutes ces races de ce [lot de sangs] qui vous travaille?
189 : [Pas peur], [maître-chose] On va repartir
189 : Y'a plus d'Afrique [fout]!
189 : alors ne [viens pas me dire] des bêtises
189 : collé à la terre comme du [caca-boeuf]
189 : Quelques souvenirs de nous, des [djobs], de [Man] Elo et du [dorlis] habitaient
189 : pour se retrouver [en chien] dans un [bas-bois]
190 : l'amertume des [acajou-senti] avec leur [rouge-coeur] ... haute médecine des [papas-feuilles]
190 : qui ondulait dans le [bas-bois]
190 : il se couvrait [d'herbes-guinée]
190 : chercheur de [l'herbe-couresse] qui lui calmait
190 : Cette science apprise du [papa-feuilles]
190 : le car de police avait abandonné les [marchandes-zombis]
191 : des [vieux-corps] nomment le souvenir
192 : Avec le temps, les [marchandes-zombis] se faisaient rares
192 : Césaire distillait régulièrement ses beaux [coups de vocal]
192 : Nous avions atteint le bout d'une [tracée] épuisée
192 : Piments d'enfer, [chaud-chaud] !
195 : [Hébin] dis donc Anastase tu peux bien attendre une minute, [non]?
195 : Révolution n'est pas [vagabonnagerie] !
196 : l'enthousiasme oublié des grands [djobs]
198 : dans la vente [des légumes-soupe] du soir
198 : les [djobs] de cette heure-là avaient eux aussi disparu
198 : Quelques [rhumiers] désoeuvrés
199 : Est-ce un [rhumier] qui écrasa les pompons
199 : Mais sachant qu'un [rhumier] ne quitte pas son lit
199 : lorsqu'un [quimboiseur] de la foule
199 [Man] Joge sortit de cette infernale période
199 : à l'heure désertée du [macadam]
202 : l'ancien [maître-djobeur] semblait la proie
202 : Et, [patate crabe], la plus gracieuse des [matadors]
202 : [Roye roye roye roye] elle avait
202 : Elle avait le corps délié des [coulies] mais les rondeurs voluptueuses des [chabines]
202 : -Comment donc allez-vous, [petit male]?
203 : Elle l'aimait déjà, [fout].
203 : Lacéré par les épines des [manzê-marie]
203 : un [bas-bois] inconnu où filtrait
203 : Son errante dans ces [bas-bois] sans [tracées]
203 : -Qu'est-ce qui t'arrive encore, [mon fi] ?
203 : si tu savais ce qui m'arrive là, oh lalala, une [qualité de femme]!
203 : des [mangots] verts, des [moubins]
204 : Il se tourna [flap]! et vit celle qu'il aimait
204 : Même les [rhumiers] y laissent la tête
204 : comme un [zandoli] étourdi de chaleur
204 : Alors il demeurait [ababa]
204 : Victime d'un charme [mener-venir], il parcourut
204 : -Afoukal, elle croit que je suis [dans-la-rue] (démuni)
205 : Faut pas me prendre pour un [vakabon]
205 : -Tu as l'or, [ti-mâle]?
205 : J'ai une [charge] d'or tu vas voir
205 : Faire appel au [dorlis]
205 : la case sombre du fossoyeur et du [dorlis]
206 : -Il est mort, [ma fi], sanglota le fossoyeur.
206 : Anatole-Anatole était mort bien [malement]
206 : tous les séducteurs [kalieurs] de Fort-de-France
206 : Le [maître-dorlis] se tint sur ses gardes
207 : à un jet de [contre-charme]
207 : Le [dorlis] besognait déjà depuis quelques minutes
207 : Le [dorlis] congelait littéralement.
208 : -Pipi [mo fi], qu'est-ce que tu fais?
209 : -Pipi [mon fi], qu'est-ce que tu as fait?
209 : dans les moutonnements sombres des [raziés]
209 : -Eh bien [mon fi], regarde
209 : Renversé, l'ancien roi des ]djobeurs] assista
210 : Eh oui [mon fi], [pièce d'or], [pièce bijoux]
211 : la soudaine apparition de l'étrange [matador]
211 : -Tu es [quimboiseur], [ti-mâle]?
211 : il comprit que [Man] Zabyme,
212 : il ne s'était pas suffisamment méfié de [Man] Zabyme
212 : il suffirait pourtant d'un souvenir, comme un appel au [djob]
POURRIR OU MARTYR UN PEU, Guy CABORT-MASSON,
LA VOIX DU PEUPLE, 1987.
Les pages sont indiquées par des chiffres: Les formes relevées sont entre [ ]
19 : je [lonviais] une trace de culotte [floflo]
22 : Je lui tends une poignée de [merises]
22 : Honorine est une petite [chabine]
23 : [Les merises] que je lui avais offertes
24 : Je priais pour qu'ils [gliss ent], mettant ostensiblement un balai derrière la porte.
25 : parce que j'avais aussi ["zayé"] Pélagie
26 : pour le jeter [aux chiens fer] sans poil couleur de poussière
31 : [Un sissi] becquetait un corossol
31 : J'ai crié [avémarijoseph]
32 : la botte de [balai-doux] dans la droite
33 : [cheval trois pattes] claudicant le bitume
33 : la Main Noire tuait, rendait [ababa], [enceintait] [vieux corps] ou ["manawa"]
33 : ["Dorlis"]
34 : Dieu merci les enfants [matèrent] l'école
34 : ce jeune Gaspard aux jambes [jatlées], genoux collés
36 : elle [courait derrière] les troupes folkloriques
36 : Je devine que c'est [caïmite"] comme toute bonne chatte métisse
40 : air de ["ganngan"], l'épaule droite légèrement en avant
43 : une vitre qui laisse voir ses gâteaux, [tablettes et "filibos"] de toutes couleurs
44 : C'est lui qui m'a appris à pêcher [les "bouks"]
44 : Enfin notre maison [haut-et-bas]
45 : le père Francis, camionneur émérite [déchauffant] une guimbarde
45 : C'est maintenant [un "zatrap"] avec l'inévitable [débit de la régie]
47 : ou de la déchirure d'avec Imanman], ainsi soit-il, [non]
47 : avec quelques touffes de [bonbons-à-sucre]
48 : [un bok] sourd
48 : [Le bok] premier est atroce
50 : moutons et moi aurons notre [doucine]
50 : c'est Alfred qui aura [sa douce]
50 : c'est la position de [son bakoua] qui détermine
52 : ne l'empêchera pas d'esquiver les coups de ["kal"] de Génor
52 : à droite ou à gauche de [la "foufoune"]
53 : m'arrêtais [djouk] pour repartir
53 : [les khia! khia! khia!] de rires venus de loin
54 : [écales] de gâteaux couverts de meringue
54 : Les maisons étaient couvertes de ["zanma"]
54 : on [voyait faire leurs vices] Eloi et Mari-Jo Ambroise et la vieille Zébina
54 : Je suis arraché de mon lit, [souliété]
55 : nous serons à Sainte-Thérèse dans [la maison-haut-et-bas]
55 : une canne [pété po] s'est rompue
56 : je n'entends plus [le chuichui] de pieds nus
57 : Une théorie de [daleaux]
58 : ruelles et [dalots] qui structurent les maisons
58 : aux fleurs jaunes pour fabriquer [senti-bon ou pété-chat]
59 : [La mangue] où se dressent les innombrables clapiers
59 : Je vois trop les pruniers de cythère, [les glysérias]
63 : Innombrables [mangots], surtout [zo], corossols
65 : un gros sac et [son "voumtac"] à droite
66 : trois enfants sur quatre étaient ["dérô"]
67 : je me souviens [d'un toc]
67 : [Le toc] me rendit illico riverain de la Loire
67 : Tout autour de [la maison-haut-et-bas] il y avait
69 : la dèche était complète très souvent, pas [un "tôtor"] pour [le manger]
71 : A la Cigale [jeudi passé-passé], on avait vu la première [époque] du " Dernier de Fédérés"
71 : [Jeudi passé] la deuxième [époque]
71 : lequel était [le "Met Piès"]
72 : Bozambo disait à la ["fille"] en pamoison
76 : Il avait, ...., des plantes inouïes : [pommes-france]
77 : mais grâce au grand coq [jingha] qui se pointait
77 : Napoléon [le jingha] était superbe
77 Il ne craignait mangouste ni [manicou]
77 : il fallait que Jésus prenne [le canari] bouillant
79 : Parrain avait trouvé Léman ... manger [un mangot]
79 : alors que lui la tenait sous [le zanma]
80 : l'assiette [cerclait] ... un petit [marignan] frit
81 : sous un gros [pied de café]
81 : pour cuire [le manger-cochon] et le nôtre
82 : notre ordinaire était [viandé] et distinct [du manger-cochon]
82 : il riait: " Je [les] fais peur"
83 : nous avions aussi de [calenda] à nous
83 : et nous voilà partis pour [le saut] pendant cinq rounds
83 : [ Lévé-fessé, kakan et solibo], tout y passait note en bas de page pour ces trois mots
84 : Paul s'était pris pour un grand [pied d'avocat]
84 : [Au pipiri] du jour, il grimpait sur la branche
84 : des feuilles de [sic-sic] satinées et duveteuses
84 : Non loin [le pied de sic-sic] reconnaissant
93 : on le savait forte tête même [kominis]
94 : avec la peur de [la bête longue] comme pourboire
94 : M.Lamonte le guide [des proléteurs]
95 : le pacte était et femmes appelées [kabann sèpan 1 note en bas de page
96 : Partout on regardait avec un oeil nouveau [crochis], ..., [les '"mapiamées"] et [les gros
pieds], les porteurs de ["godi"] et de [gardecorps], [les "ababas"]
96 : Chaque famille à qui un jaloux [avait fait mal] par l'entremise [d'un séancier]
96 : Par contre ceux qui arrivaient [au pitt] avec des coqs [sales]
97 : les satyres qui les pourrissaient en mettant dans leur vagin [un pont]
97 : tous ceux qui touchent [aux békés],
98 : les camions de bananes aux mangeurs de [balaous] note en bas de page
99 : qu'ils soient sur les bords [des souceurs] de maître
99 : Alors à quoi bon faire [de gros sauts]
100 : le droit de planter patates et [dasheens] sur les [dégras] à côté de la canne
100 : Quant à Joséphin même sa femme une [tite] bonne femme
100 : Il transpirait rien qu'à savoir [un commandeur]
100 : Qui ne comprenait pas [faire des séances sur lui]
100 : Un grand malabar peu causant [bien dans ses affaires]
100/101 : Tout Lajus [était sur son compte]
101 : Alphonse et elle [faisaient leurs affaires]
101 : Il y avait là-dessous [un"migan"] de magie blanche et de [quimbois]
101 : femme de plus de trente ans, [bien debout]
101 : Comme son acharnement faisait et [la profitation] de papa Lajus
102 : Selon [les mal-parlant] on relevait
103 : et moi derrière pour ramasser [le manger] de mes cochons
103 : [Un bitaco] habitant dans le fond de la rivière note en bas de page
104 : Sur le dos et [m'a "koké"] [khiak! khiak! khiak!]
104 : j'ai fait mon travail en marchant ["kanké"]
104 : Nombre limité de [khiak!]
104 : Je suis ["bwareng"]
104 : je n'ai rencontré que deux [femelles-cochon]
105 : je suis sur le dos et [khiak! khiak!]
105 : Si je mets ..., , il [fait un cirque]
105 : je suis obligée de vendre ses petits ["tcho"]
107 : L'ongle a buté sur [ma languette]
107 : Doucement pas de [khiak!] mais [du chuuu]
107 : Avant-arrière [doucine], alors je fais [rond dans rond biscuit dormant]
108 : quand il est fatigué [oui] il fait [quelques khiaks!]
108 : marcha très [lovement] vers une autre fenêtre
119 : mon meilleur copain était un jeune chabin]
119 : Pratiquement je [matai] la classe de quatrième
120 : mort à trente-trois ans sans avoir jamais [purgé] une femme
120 : mais ne venez pas me dire qu'elle a eu son enfant sans [vice]
121 : on pouvait avoir serpents, [manicous]
125 : ma famille s'élargissait en ["chabin"] communaux
126 : J'étais à [la maison haut-et-bas]
126 : quand apparut un homme [chabin], nerveux
127 : un petit salopard qui m'aurait volé [mon mangot], fait ["bahour"] sur [mes "kanik"]
127 : bondissait [le Makoloto] qui chargeait sur [le tèg] paniers, [trays]
127 : entre ces deux femmes je [pêchais lambi]
128 : il fallait [jamber] un pont terrible
128 : sous un grand [pied d'oranges]
128 : une petite table à quatre pattes de [gliséria]
128 : Une de ses premières confidences fut des feuilles de [giromon]
129 : je lui fis sauter une dent qui [lochait]
129 : il courait dans ses jupes et [chuichuichui]
129 : avait picoré de l'ongle [filé] du petit doigt
130 je pouvais comme tous les garçons les oiseaux ou [les "ganbwa"]
130 Libres [oui] mais toujours sous l'oeil de quelqu'un.
131 passer la main dans les cheveux ou sur [le "cocosec"]
132 de n'être pas engoués par [le carreau] de fruit à pain, ..., [le bi] de [dasheen]
132 [le canari] de légumes pour le repas de midi
132 Le boulanger était le gendarme [à chouval], [le commandeur], [le quimboiseur]
132 Son pain lui rapportait ["viandes"] en suffisance: jeunes femmes mariées ou pas
132 lui hacher menu [les manmans-choux]
133 les lots de gros ventres, [de djôkok], à saler
134 [Man] Caniz rameuta toutes les laines
134 j'ai englouti treize [carreaux] de fruit à pain
134 à la suite d'un bain alors que [j'étais chaud]
134 [Man] Caniz [faisait des tâches] dans l'ananas
135 certainement que de nombreux ["malsisi"]
136 dans la canne il y avait [un commandeur], M.Alexandre tu le connais
136 -Je [suis tombée en situation]
137 La maison couverte [de zanma] se transforma
137 Ensuite Mimi avec M.Raoul le grand [chapé-couli]
137 Un Etil coq qui avait peur de moi
138 il jouait [du jazz] dans les bals. Son [jazz] monumental était le meuble précieux
138 Il allait [au pitt] porter ses coqs.
141 En cette époque, [les "zanmièz"] n'étaient pas concevables
141 pour aller choisir [ses mangots], les mettre ["an lanmanten"] jusqu'à ce qu'ils soient ..., [rhum]
141 Chacun avait sa cachette secrète [de bassignac]
141 pour que les six paires d'yeux séparent [le manger]
142 Sido avait pu têter dans [du caca cochon]
143 Je me suis levé le premier pour [ratiboiser] les bons [mangots] avant les autres.
143 [Tout mon corps me fait mal] mais [les mangots]
143 jusqu'à extraire de ma chute pour [les mangots]
143 - on a fait un [ti] trou dans la patte
144 un reste de [platine] à manioc perdu ou déposé là
144 [Ton] Hilaire avait une [sacrée commission pour la Barbade], [un godi] si imposant
146 On va boire un [ti] punch.
146 Ce beau petit visage [sapote] aux lèvres
146 il avait décidé de planter en igname et [dasheen]
146 toujours en train de tresser en [aroman ou kachibou]
146 J'ai mangé de [dasheen], ..., , [un carreau] de fruit à pain rôti
148 J'essaie de prendre du tombeur [des zoreil-folles-du-nègre-qui-danse]
149 Si Tité ne s'était pas mise sur lui je le tuais [klak]
149 une odeur atroce de [giromon] pourri
151 Ils ont peur [des békés], [des gadcaca], [des séanciers]
151 Attention! Césairiste au ras du cou [oui]
151 D'accord avec [le "Mapipi"] mais libre et propre.
152 [Une tôtot] de fruit à pain.
152 Une [tite] chemise blanche avec devant des fleurs
153 Parmi ceux qui m'ont [rasoyé], il n'y avait pas un
153 Tu [sais les békés ont déjà fait] le pire
154 - A oui [frè], il est en place depuis deux ans
155 dans une grande limousine prêtée par [un béké]
156 on voit en pleine carême [un "matoutou-falèz"]
156 Tu comprends, ils les [pilent] un peu
157 - oui [ti] frère
158 - O.K. [ti] frère je file au boulot
160 il distillait des boissons fruitées à partir des prunes de cythère, [moubin]
163 J'avais toujours vécu en spartiates ou [peu-pas]
163 Même quand j'allais en bande chiper [les mangots] .... j'étais [souliété]
164 Sinon il se trouvait toujours [une '"makrel"]
164 détecter l'indice de [macaquerie] sociale chez les gens
164 l'art de faire dire aux souliers [ krik krak]
164 C'était pour le notable ..., grand [pinting] avec moutons et orchestre
165 la dorée, l'argentée, ..., et [la en-fer inoxydable]
167 parasitant toutes les classes depuis le [Ti] Lycée
167 Cette vingtaine de cracks [maîtres-savanes]
167 [mon "tikal"] forci se mettait en
168 quasiment tous les normaliens avaient [le tikal]
169 Nécessairement [le tikal] est, bloqué devant
169 Qui peut savoir ou à droite [du tikal] sur l'idiosycrasie
175 Il vivait en effet dans une de ces maisons [hautet-bas] aveugles
176 il n'a rien à cacher sinon graines sournoises de [mawon]
184 Il ne faut pas croire que nous étions deux ["tèbè"] muets.
186 dans un champ de tétons de patates chaudes secouées, [lélées], sciant la biguine et [la mazouk]
186 Une grande [chabine] me happe et [djouk! djouk!]
186 Je reviens sur elle et [bok! djouk!]
187 Le lendemain soir me parlent de Trotinette, [la "Chabine"] du catch
187 sous la terre il n'y a pas de [cheval-bois]
188 Attend-elle de moi que je ..., que je sois son seul [dog]
188 Me soustraire aux yeux des autres en sa compagnie, [oui].
190 Quand les copains passaient j'étais content. [Oui].
191 Les hommes [profitent sur] les femmes
194 connaître parmi la bande l'heureux béni [du joui] de [la manawa]
195 Les soies sont impitoyablement [ratiboisées]
201 aux cuisses en sandwich, couples ["an daz"]
202 je ne m'étais pas ennuyé avec une petite ["chabinel"] ["pwelsi"], musquée
202 En haut, [la boule de garçons] bruyants, parlant
205 Chacun était fin [boulé] à ne pas savoir
215 je faisais rire la classe en parsemant ... ou conversations de [bonda], [langhèt], [pouèl-patat manman]
215 Héros, [un Metpiès], [un malcanard]. Ma leçon débuta normalement.
216 Comme je ne me sentais pas trop [écrasé], je suis rentré en classe le lundi
223 Le bal [crache du feu]. Responsable je ne danse pas.
227 elle mourut [blip] de saisissement
228 Profitant de l'émotion, le père Gély [au pipiri]
228 Plus de masure, plus de case, plus de toits en [zanma]
228 temple adventiste qui avait sacrifié notre [pied de mangot]
229 les rangs de [dasheen] et les fouillis [d'à-tousmaux]
220 je ne disais pas [béké] alors elle rectifiait [béké] puisque pour elle [colon] c'est un petit qui vit sur un lopin comme elle
231 poches d'une canne non récoltée noyée sous [les pois-pois] infestés de serpents
232 pourraient aussi être recommandés pour [un job] de peintre
233 [Job], [taute], mots nouveaux pour désigner autre chose à côté de la tâche et du travail
233 [Un job] ne peut être un travail.
233 Mais [une taute]? c'est comme le service militaire
233 Elle se sert [du cachibou] pour le blanc, de [l'aroman] pour le rouge et le noir
239 Soit, du lundi au vendredi, il faut bosser et [jober] pour le patron
240 ils se mirent à construire [pour leurs corps]
240 à coups de [coups-de-mains] entre frères déracinés
240 - Et [la taute} c'est quoi ?
242 Allaient passer pour [so-sots] les Eugènes qui suivent ... [le job], et pour naïves les Eulalies qui ... pour obtenir [une taute]
243 Les alizés, [les carangues], les poissons volants
243 pas encore adaptés à la combine [du job] et de [la taute]
244 Depuis quand ose-t-on faire [des vidés] politiques
245 pour un maigre [ti-saucisson] qu'il avait fait mine de voler chez Wawa
245 ces chaussures à huit tons [krikakant] comme pas une
246 Sans [un bois] dans les mains ..., ils [rentrèrent sur les gens d'armes] qu'ils chassèrent.
247 [Tout ça pas ça].
248 Un Guadeloupéen gaucher [dépendit] d'un coup de [bois] un CRS
248 Il ramassa pour tout gain une sacrée volée de [boutou]
233 Elle enlève la moelle, fait bouillir [le cachibou]
234 Est-ce moi qui ai décidé qu'[un pied de banane]
234 Vite elle s'envole, la prend, lui fait deux [gnègnè] et deux bisous.
235 à sa commère qui demain repartira pour SainteLuce, qui va [carrer] fièrement
236 pour planter tant de [pieds d'ananas] ou [tiger] tant de [pieds de bananes]
237 Et j'ai quelques pattes de [ti-nain] à la cuisine.
237 Comme le cyclone et la tête [marée].
237 la tâche se décompose en [job] et en [taute].
238 [Le job], ce labeur pour gagner de l'argent
239 ils chassent après [les jobs]
239 pour conserver l'endurance aux jambes en chasse de [job]
239 ce n'est pas marrant cette vie de gens courant pour [un job] mal payé.
239 Ils n'avaient pas refusé la tâche chez [le béké] ... ils ont occupé le pays [du job] : du [Pitt]
du Mirador ... partout où la rocaille, [le tibeaume] s'étalaient, ... et les nuages de crabes [sémafaute]
249 selon les dires d'une secrétaire bien [tautée]dans les bureaux
A la fin du roman on trouve ce glossaire:
ababa ; an daz ; an lamanten ; bahouf ; Bélem ; bonda ; boulé ; bouk ; bwareng ; caïmite ; chabin ; chatrou ; coco sec ; dégra ; dérô ; dèyè do bondié ; filibo ; fouben ; foufoune ; ganngan ; godi; gwanbwa ; kal; tikal ; kanké ; kannik ; koké ; makoumè ; makrèl ; malsisi ; manw ; manawa ; mapiam(é) ; mapipi ; metpiès ; matoutou falèz ; mawon ; migan ; pêcher lambi ; pwel si ; son ; souceur ; tèbè ; tôtôr ; voumtac ; zanma ; zanmièz ; zatrap ; zayé
IV. ETUDE DU CORPUS.
Après de nombreuses vérifications, seuls des énoncés incontestables ont été retenus. Il a fallu les classer. dans un premier temps, c'est ainsi que j'ai obtenu deux groupes d'énoncés.
* ceux qui relèvent du lexique,
* ceux qui relèvent de la syntaxe.
Cette classification a déterminé le plan choisi. D'abord traiter du lexique, puis dans la seconde partie de la syntaxe.
IV.1. LEXIQUE.
Dans les trois romans nous avons procédé au relevé systématique de tous les mots et de toutes les expressions idiomatiques ne semblant pas relever du françaisouprésentant un écart par rapport à lui. Ce relevé réalisé, il a fallu vérifier. Le problème était de choisir le dictionnaire de référence. En effet il devait être suffisamment complet pour éviter que des mots français peu usités n'y figurent pas. Cela serait susceptible d'enlever toute valeur à mes conclusions. Il ne fallait pas davantage qu'il fût trop ancienoutrop récent, car il devait rendre compte de l'état du lexique admis selon, la norme, par tous. J'ai donc opté pour le "Robert" en il volumes, 1976, d'autant que je le possédais. La vérification faite, l'analyse des mots et des expressions idiomatiques a permis de constituer trois classes de mots:
* les mots congruents.
*les mots ayant un équivalent en français,
*les mots attestés en français, mais ayant un sens différent
IV.1.1 Les mots congruents
Mahagony. E. Glissant
Mots congruents Nature
1 amarreuse métier
2 anoli lézard
3 à-tous-maux plante médicinale
4 bassignac arbre
5 bois flot arbre
6 bois-gomme arbre
7 calalou plante
8 cassave aliment
9 chadron animal et plat
10 cheval-bois manège
11 cocomerlo boisson
12 corde-mahaut corde
13 couchecouche tubercule
14 coui ustensile domestique
15 couli type humain
16 court-bouillon plat
17 dachine tubercule
18 géreur métier
19 gommier embarcation
20 laghia danse
21 mabouya lézard
22 mangé-couli plante
23 mangé-lapin aliment pour les lapins
24 mangot fruit
25 mangot vert fruit
26 manicou mammifère nocturne
27 mazurka danse
28 para plante
29 patenpo plat
30 petites bandes métier
31 pipiri oiseau
32 pois-vert plante, légume
33 poules-bois insectes
34 quenette fruit
35 quimboiseur fonction sociale, métier
36 sec boisson
37 serbi jeu
38 sucrier oiseau
39 thé-pays plante médicinale
40 titiri poisson, plat
41 toloman plante, aliment
42 vonvon insecte
43 zebcouress plante
Chronique des sept misères. P.Chamoiseau.
Mots congruents Nature
1 acajou-senti arbre
2 anneaux-chenilles bijou
3 anneaux-clous bijou
4 anneaux-créoles bijou
5 bakoua plante, chapeau
6 balai-bambou plante
7 béké ethnoclasse
8 bêtes-z'oreilles chenille
9 bois flot arbre
10 bois-bandé arbre
11 bois-bombe arbre
12 bois-vert arbre
13 broches chenilles bijou
14 cabouya plante
15 cachiman coeur de boeuf arbre, fruit
16 canari ustensile domestique
17 chabin(e) type humain
18 chaînes gros-sirop bijou
19 chaudière calendée bijou
20 citron-pays arbre
21 collier-choux bijou
22 coui ustensile domestique
23 couli type humain
24 court-bouillon plat
25 crabe sémafot crabe
26 cressons-savanes plante
27 dachine tubercule
28 djobeur métier
29 dongrés plat
30 dorlis personnage des croyances
31 engagé personnage des croyances
32 échappée-couli type humain
33 épinards-pays plante
34 farine-manioc aliment
35 gaule vêtement, féminin
36 gommier embarcation
37 graines-à-pouvoir plante
38 haute-taille danse
39 herbe-à-charpentier plante
40 herbe-à-piment plante
41 herbe-guinée plante
42 herbes couresses plante
43 herbes-à-tous-maux plante médicinale
44 herbes-médecines, plante médicinale
47 losi plat
48 mabouya lézard
49 macadam plat
50 malanga tubercule
51 manzè-marie plante
52 marie-dèyè-lopital plante
53 mazouk danse
54 moubin fruit
55 moussache amidon local
Chronique des sept misères. P.Chamoiseau.
Mots congruents Nature
56 nid-de-guèpes bijou
57 pacotilleuse métier
58 pois boussoucous plante, légume
59 polis z'yeux-noirs plante légume
60 pomme-cannelle fruit
61 pomme-liane fruit
62 quimbois pratique magique
63 répondeur fonction dans les chants
64 riz-pois rouge plat
65 safran-pays plante
66 serbi jeu
67 soudon coquillage
68 sucrier oiseau
69 tabac-à-jacquot plante
70 tétés-négresse bijou
71 ti-nains plante, légume
72 toloman plante, aliment
73 totottes fruit-à-pain fleur de l'arbre à pain
74 touffé-requin plat
75 tray ustensile domestique
76 vidé manifestation collective
77 zèbe-à-charpentier plante
78 zombi personnage des croyances
Pourrir ou Martyr un peu. G. Cabort-Masson.
Mots congruents Nature
1 aroman plante
2 à-tous-maux plante médicinale
3 bakoua plante, chapeau
4 balai-doux plante médicinale
5 balaou poisson
6 bassignac fruit, arbr
7 béké ethnoclasse
8 bonbons-à-sucre plante9 cachibou, kachibou arbre, fruit
10 caïmïte fruit
11 calenda danse
12 canari ustensile domestique
13 carangue poisson
14 chabin(e) type humain
15 chapé-couli type humain
16 cheval-bois manège
17 chien fer type de chien
18 dasheen tubercule
19 djôkok poisson
20 dorlis personnage des croyances
21 filibo friandise
22 giromon plante
23 glyséria arbuste
24 granbwa écrevisse
25 j ingha type de coq
26 kanik jouet
27 lambi coquillage
28 mangot fruit
29 manicou mammifère nocturne
30 manman-choux plante
31 marignan poisson
32 matoutou-falez araignée
33 mazouk danse
34 merise fruit
35 migan plat
36 moubin fruit, arbre
37 Pitt arène pour les coqs
38 platine chaudière à cuire la farine de manioc
39 pois-pois plante
40 quimbois pratique magique
41 sapote fruit
42 sémafaute crabe
43 sic-sic plante
44 sissi oiseau
45 tablette friandise
46 tibeaume arbuste
47 tôtot fleur de l'arbre à pain
48 tray
Ces mots sont congruents, car ils conviennent pour désigner le réel antillais. On ne peut qu'utiliser ces termesouchercher le mot savant lorsquil s'agit de floreoude faune. La présence de tels mots n'est pas en soi significative; car depuis le père Labat, tous les écrivains qui ont voulu décrire ou raconter la réalité martiniquaise les ont utilisés.
Toutefois ils étaient peu nombreux, mis entre guillemets et accompagnés de notes explicatives en bas de page, ou expliqués dans le texte. C'est ainsi qu'on trouve boutou, coui, commandeur sous la plume du Père Labat, (Voyage aux Iles d'Amérique, 1742, tome 2). Mornes, cachiman, acomat, mapou, moubin sous celle de Nicolas Germain Léonard, (Lettres sur mon voyage aux Antilles, 1798).
Louis Xavier Eyma. (Les Peaux Noires, 1857); Raphaël Tardon, (Bleu des Isles 1946); René Clarac, (L'Espagnol de Vera Cruz, 1947); César Pulvar, (D'Jhébo le Leviathan Noir, 1957); Léonard Sainville, (Dominique nègre esclave, 1951); Emma Monplaisir, (La fille du Caraïbe, 1960) ont utilisé commandeur, roulaison, habitation, marron etc ... Les extraits de textes de ces auteurs ont été consultés dans Corzani Jack, (1971, Prosateurs des Antilles et de la Guyane françaises, Encyclopédie Antillaise, Désormeaux).
Je parlerai, pour tous les cas cités, d'utilisation exotique. Le terme exotique doit être pris dans le sens qu'il a dans le Robert, 1976; " exotique ce qui n'est pas naturel ou n'appartient pas à nos climats, à nos civilisations de l'Occident "; synonymes : étrange, étranger; antonymes : aborigène, autochtone, indigène, naturel.
Lorsque le Père Labat, français découvrant les îles et s'adressant à d'autres français à qui il raconte et décrit ces îles, emploie boutou ou coui, il parle de ce qui ne lui est pas naturel, de ce qui n'appartient pas à sa civilisation. Ses lecteurs découvrent par ces mots, des réalités qui ne leur sont pas non plus naturelles, qui leur paraissent étranges et étrangères. Ces termes et leur utilisation sont exotiques tant du point de vue du lecteur que de celui de l'écrivain. Les notes, glossaires, explications se justifient pleinement par le fait que l'auteur doit rendre accessibles à ses lecteurs, par des références communes, les réalités en question.
Concernant les auteurs martiniquais cités, la situation est différente. Au moment où ces oeuvres ont été publiées, l'édition, la diffusion, la vente, étaient étroitement liées à la métropole française,, et ces écrivains s'adressaient en premier lieu à des lecteurs français et européens. Hors cet espace, point ou peu de salut'. pour un écrivain martiniquais. Utilisant un glossaire, une note en bas de page, pour expliquer par référence à des ré alités européennes ce qu'est un boutou ou un morne il se place dans la situation de celui qui parle de ce qui lui est étranger, de ce qui ne lui est pas naturel en se référant à ce qui lui est indigène, naturel; pourtant la réalité de cet écrivain est exactement le contraire.
Lorsque je lis "morne"ou"coui" dans ces textes, je retrouve ce qui m'est naturel dans un contexte qui me les présente comme étrangers. Ce qui m'est étranger ou étrange c'est le verglas ou le champ de blé.
Cabort-Masson, Chamoiseau, Glissant utilisent aussi naturellement les termes qui désignent les réalités martiniquaises qui leur sont naturelles.
Dans les trois romans considérés, le nombre de ces mots, leur fréquence, le fait qu'ils soient accompagnés d'autres faits linguistiques, excluent une utilisation exotique. Ces mots donnent au système linguistique employé chez ces trois auteurs une caractéristique propre. Il relèvent de la volonté qu'ont ces écrivains de traduire dans le fond et la forme le réel martiniquais, le réel géographique et culturel.
Ces mots peuvent être classés en deux types Mots congruents par définition.
Ce sont ceux qui nomment la faune, la flore, des objets spécifiques à la Martinique. Ils sont pour la plupart d'origine non française. Ainsi cachibou, anoli, mabouya, aroman ont une origine caraïbe; tray, pitt une origine anglaise.
Mots congruents par destination.
Ils renvoient à des fonctionsoudes métiers dont l'équivalent symbolique existe dans la langue française. L'amarreuse a son équivalent symbolique dans la lieuse, les petites bandes dans les glaneurs, le géreur dans l'intendant,, le quimboiseur dans le sorcier.
Je prends pourtant le parti de traiter de ces mots selon deux groupes désignant
a) - les réalités géographiques.
b) - les réalités culturelles.
Une telle approche me semble mieux convenir à l'idée exprimée plus haut, à savoir que ce lexique répond à la volonté des trois auteurs de traduire le réel martiniquais.
a) Les réalités géographiques.
On trouvera là tous les mots ayant trait au pays du point de vue naturel et humain. Pour chaque sous-classe, sont donnés à titre d'exemple, des mots dont la liste, exhaustive et par auteur est présentée plus haut. Les mots cités ci-dessous sont tirés des trois romans.
* Types humains :
béké, zoreille, chabin (e), couli, échappée-couli.
* Flore :
acajou-senti, bois-canon, gommier, herbes couresses, manzè-marie, tabac à jacquot, dachine, bassignac pois-pois
* Faune :
marine: soudan, chadron, titiri, lambi, carangue, marignan,
terrestre: mabouya, anoli, manicou, sucrier, poules-bois, bêtes-à-feu, vonvon, zandoli.
b) Les réalités culturelles.
Dans cette classe de mots se retrouvent les mots désignant les métiers, les fonctions sociales, les produits de l'activité humaine.
* Fonctions ou métiers :
djobeur, géreur, quimboiseur, commandeur, pacatilleuse. Les produits de l'industrie humaine: ustensiles: coui, canari, calebasse, outils: cabrouet, platine, grage.
Mahagony. E.Glissant.
Mots à équiv.fr sens in situ
1 ababa débile
2 balan élan
3 battre arrière reculer
4 bête à feu luciole
5 bête-longue serpent
6 bosco déformé
7 bouarengue bréhaigne
8 cabane lit
9 cabrite cabri
10 cabrouet char à boeuf
11 caco cacao
12 calloge clapier
13 carrer disposer
14 coquer faire l'amour
15 coqueur fornicateur
16 courir derrière poursuivre
17 dallot caniveau
18 desesclavé affranchi, libre
19 décaler blesser, détruire
20 découpé détourné
21 désodeur turbulent, bagarreur
22 dévirer revenir
23 diviner deviner
24 driver errer, vagabonder
25 en pile en grande quantité
26 engagé ensorcelé
27 faire combat se battre
28 Farine France farine
29 golbo demeuré, ridicule
30 grage rape
31 han-han ahan
32 ième infime fraction
33 issalope salope
34 jeunesse un(e) jeune
35 justisse justice
36 linge vêtement
37 longer (s') allonger
38 major fier-à-bras
39 manchoté amputé
40 marmaille enfant
41 marrer ceindre, nouer
42 matador maîtresse femme
43 milan ragot
44 obséqué, mort, supprimé
45 ognon pays cives
46 paroleur conteur
47 pétailler crépiter
48 péter résonner, éclater
49 pinting grandes cérémonies
50 privé bar
51 raide difficile, pénible
52 rapia avare
53 rester habiter
54 rhade habit
Mahagony. E.Glissant.
Mots à équiv.fr sens in situ
55 sauter en l'air sursauter
56 tacatac martellement des sabots
57 tété sein
58 tourner métamorphoser
59 toutafaitement parfaitement
60 trace sentier
61 tracer s'enfuir
62 tracée sentier
63 vieux corps vieillard
64 zizaner bourdonner
65 zoreille blanc de France
66 zouc bal
Chronique des sept misères. P.Chamoiseau.
Mots à équiv.fr sens in situ
1 ababa débile
2 affaires biens, occupations
3 agoulou vorace
4 balan vitesse
5 banane coup à la cuisse
6 bankoulélé vacarme
7 bas-bois sous-bois
8 bête-longue serpent
9 bi gros morceau
10 bidime énorme
11 bitako paysan fruste
12 blesse traumatisme, meurtrissure
13 blip tout à coup 14 bok affront, humiliation
15 bombe boîte en fer blanc
16 bôbô femme facile
17 cabrouet char à boeufs
18 caca poule fiente, crotte
19 caca-boeuf bouse
20 cacarelle diarrhée
21 cagou malade, indisposé
22 caye maison, case
23 ciaques détours, zig-zag
24 coup de vocal discours
25 crapaulade crapaud
26 dalot caniveau
27 dé-garer trouver, sortir
28 débiéllé fou, ayant perdu le sens
29 décalé délabré
30 dérailler blessé
31 désarmement dommage
32 dévirer revenir
33 divagation errance
34 djok alerte
35 dogue challenger, rival
36 dormance sommeil
37 du-feu incendie
38 embellie blanchissage
39 en situation enceinte
40 engagé ensorcelé
41 espère (11) attente
42 écale peau, pelure
43 ferrer frapper, lapider
44 flap-flap en un clin d'oeil
45 foubin insouciant, téméraire
46 gagé ensorcelé
47 gendarmes-à-cheval gendarme
48 glouque d'un coup
49 gobe-mouche bée
50 grafiniade égratignure
51 gratelle démangeaison
52 gros caco baton de cacao
53 iche enfant
54 isalope salaud, salope
55 kalieur dragueur
56 koker faire l'amour
57 kra kra kra éclat de rire
58 la-monnaie argent
59 linge vêtement
60 lolo pénis
61 lonviyer regarder en voyeur
62 ma-pian plaie incurable
63 macaquerie traîtrise
64 macoumè pédéraste
65 maître-pièce héros
66 major fier-à-bras
67 malement affreusement
68 maman-poule mère poule
69 manger repas,nourriture
70 manmaye enfant
71 marcher (le) démarche, allure
72 marinade beignet
73 marmaille enfant
74 matador maîtresse femme
75 mâle-crabe leader
76 metpiès héros
77 milan ragot
78 misié monsieur
79 monter piégé,.ensorcelé
80 mussieu monsieur
81 ouélélé litanie, chapelet
82 palaviré gifle violente
83 papa-feuille guérisseur
84 petite personne enfant
85 pichonnade pinçon, pincement
86 pilonner piétiner
87 pipiri lever du jour
88 pistache cacahuète
89 pitite petit
90 posé-reins repos
91 putaine putain
92 quatre-doigts large de quatre doigts
93 razié halliers, buisson
94 retrouver (se) en chien dans l'embarras, le pétri
95 répondeur choriste
96 rhumier alcoolique
97 rôdailler roder
98 savane prairie, pacage
99 soubarou grossier, fruste
100 tambouyé joueur de tambour
101 tété sein
102 tèbè stupide, débile
103 ti-mâle homme 104 tikitak tikitak taktak craquement
105 tiok coup de poing
106 touffe (de) une multitude de
107 tracée sentier
108 tremblade tremblement
Chronique des sept misères. P.Chamoiseau.
Mots à équiv.fr sens in situ
109 vagabonnagerie vagabondage
110 vakabon vagabond
111 vidjok vigoureux, alerte
112 vieux désagréable
113 vieux blanc homme blanc
114 virée-dévirée aller retour
115 vocal chant, voix
116 wabap brusquement
117 wop wop wop exclamation
118 z'attrape piège
119 Z'Yeux yeux
120 zépice épices
121 ziguinotte chiquenaude
122 zoclik très maigre
123 zouelle jeu de la poursuite
Pourrir ou Martyr un peu. G.Cabort-Masson.
Mots à équiv.fr sens in situ
1 ababa débile
2 an daz harmonie amoureuse
3 an lanmanten niche à mûrir les fruits
4 bête-longue serpent
5 bi gros morceau
6 bien dans ses affaires être à l'aise
7 bien debout bien campé
8 bitaco paysan fruste
9 blip tout à coup
10 bois bâton
11 bok choc
12 bonda fesse
13 bouk écrevisse
14 boulé saoul
15 boutou matraque
16 bwareng bréhaigne
17 carreau part, morceau
18 carrer faire le fier
19 chouval cheval
20 chuichui chuintement
21 colon métayer
22 courir derrière poursuivre
23 cracher du feu battre son plein
24 crochi déjeté
25 daleau caniveau
26 débit de la régie bar, boutique
27 déchauffer rouler vite
28 dépendre abattre
29 dérô illégitime
30 djok alerte
31 dog prétendant
32 doucine plaisir
33 enceinter engrosser
34 écale reste, miette
35 écraser fatiguer
36 époque épisode être en situation être enceinte
38 être sur son compte dépendre de
39 faire bahouf faire main basse
40 faire des gros sauts protester, se rebeller
41 faire ses affaires agir avec aisance
42 faire un cirque grogner, rouspéter
43 femelle-cochon truie
44 filer aiguiser
45 fille héroïne
46 floflo ample
47 foufoune vagin
48 frè ami
49 gadcaca policier municipal
50 ganngan oiseau prétentieux
51 garde-corps plaie incurable
52 glisser partir en cachette
53 gnègnè simagrée
54 godi hernie
Pourrir ou Martyr un peu. G.Cabort-Masson.
Mots à équiv.fr sens in situ
55 haut-et-bas à étages
56 jamber enjamber
57 jatlé cagneux
58 jazz batterie
59 jober travailler occasionnellement
60 joui sperme
61 kal pénis
62 kanké voûté, cassé
63 klak d'un coup
64 koker faire l'amour
65 kominis communiste
66 krikrakant craquante
67 langhet, languette clitoris
68 lélé remué
69 locher ébranler
70 lonvier regarder en voyeur
71 lavement amoureusement
72 macaquerie hypocrisie
73 makrel commère
74 mal-parlant médisant
75 malcanard champion
76 manawa putain
77 mangue mangrove
78 mapiamé gangrenné
79 maré noué
80 mater faire l'école buissonnière
81met piès, metpiès héros
82 peu-pas espadrille
83 pécher lambi somnoler en dodelinant
84 pipiri aube
85 pont sortilège,. maléfice
86 profitation sévices, abus
87 profiter sur abuser de, exercer des sévices
88 proléteur prolétaire
89 purger presser
90 rasoyer blesser à l'arme blanche
91 ratiboiser raser net, faire main basse
92 rentrer sur agresser empoisonné
94 saut lutte
95 so-sot niais
96 souceur flatteur
97 souliété chaussé
98 taute emploi de faveur
99 tcho porcelet
100 tèg galerie d'un car
101 têbê stupide
102 ti, tite petit, petite
103 tiger élaguer
104 tikal pénis
105 tac choc
106 tôtor sous (un)
107 viande conquête féminine
108 vice coït
Pourrir ou Martyr un peu. G.Cabort-Masson.
Mots à équiv.fr sens in situ
109 vieux corps vieillard
110 voumtac parapluie
111 zanmièz lesbienne
112 zatrap petite boutique
113 zayer courtiser, séduire
114 zoreille blanc de France
La volonté de déviance par rapport à la langue française se manifeste de manière plus nette dans le choix fait par les auteurs d'utiliser des mots ayant un équivalent français à la place de ces mots français.
Ces mots relèvent de quatre types:
a) des mots créoles repris tels quels: ababa, bi, cagou, bôbô iche, coquer, rhazié. Ils sont francisés par la syntaxe: place dans la phraseouprésence d'éléments grammaticaux français
b) des mots ayant des homonymes homophones et homographes français: dérailler, langer, marmaille, un privé. Ils sont français par la morphologie, mais créoles par le sens.
c) des néologismes à partir de mots créoles: kal/ieur, désod/eur, coqu/eur, macaque/rie, souc/eurs. Qu'ils soient ou non d'origine créole ils ont été francisés par la morphologie: affixes (eurourie).
d) des onomatopées employées comme nom: un bok, un bankoulélé, comme adverbe: blip, glouque,
comme adjectif qualificatif: djok.
Ces onomatopées très créoles sont francisées par leur fonction dans la phrase.
IV.1.3. Les mots attestés en français.
Mahagony. E.Glissant
Mots attestés
1 cabane
2 canari
3 carrer
4 crier
5 décaler
6 découpé
7 en pile
8 engagé
9 jeunesse
10 linge
11 longer
12 major
13 marmaille
14 marrer
15 matador
16 péter
17 privé
18 raide
19 rester
20 sauter en l'air
21 savane
22 trace
23 tracer
Chronique des sept misères. P. ChamOiseau
Mots attestés
1 affaire
2 banane
3 bombe
4 carreau
5 caye
6 chaudière
7 décaler
8 dérailler
9 désarmement
10 dogues
11 embellie
12 en situation
13 engagé
14 écale
15 ferrer
16 gagé
17 gaule
18 l'echappée
19 linge
20 macadam
21 marinade
22 marmaille
23 matador
24 mentor
25 monté
26 paré
27 pièce
28 pilonner
29 pistache
30 répondeur
31 savane
32 touffe
33 tracée
34 vidé
35 vieux
36 vocal
Pourrir ou Martyr un peu. S. Cabort-Masson.
Mots attestés
1 bois
2 canari
3 carreau
4 carrer
5 colon
6 douce
7 écale
8 écrasé
9 époque
10 être sur le compte
11 faire un cirque
12 filer
13 fille
14 glisser
15 jazz
16 languette
17 mangue
18 maré
19 mater
20 piler
21 platine
22 pont
23 profiter
24 purger
25 rentrer sur
26 sale
27 saut
28 séance
29 situation (en)
30 tablette
31 viande
32 vice
33 vidé
Marinade pour beignet, pour détruire, vieux pour repoussant, mater pour faire l'école buissonnière, jazz pour batterie (musique), pont pour sortilège ou maléfice, longer pour s'allonger, cabane pour lit, privé pour bar, trace pour sentier, caye pour maison. Tels sont les mots relevés dans les corpus dans la classe des mots attestés en français. Ils existent en français mais avec un sens très différent du sens créole.
Ces mots dont l'origine française ne fait aucun doute sont créoles. Ils ont un sens créole très différent du sens français. Pradel Pompilus,, ("De quelques influences du créole sur le français officiel d'Haïti" in Revue de la faculté d'ethnologie - Université d'Haïti. Port-au-Prince. 1970, in "Civilisés et Energumènes") décrit le phénomène ainsi:
Des mots français empruntés par le créole, ont pris en Haïti d'autres acceptions ou entrent dans d'autres oppositions. Le mot "colloque" nous fournit l'un des plus curieux exemples de changement sémantique. Entendu en français normalousens de : entretien entre deux ou plusieurs personnes; conférence sur un sujet religieux ( le colloque de Poissy ). il a complètement perdu ces deux acceptions en Haïti pour signifier uniquement: II échange de propos vifs, violents, ou même de menaces, polémique bruyante, querelle"; Les époux Melard ont depuis quelque temps de continuels colloques. A la suite de l'un d'eux plus violent que les autres, Léon Melard quitte la maison.".
Tous les mots appartenant à cette classe ont subi ces changements sémantiques. Venant du français et devenus créoles, ils ont été utilisés dans ce système linguistique intermédiaire.
Ainsi le lexique relevé dans les trois romans, lexique inaccessible à un français, le différencie profondément du français. Ce lexique, bien qu'ayant une couleur française, n'a rien de français, n'a rien de créole.
Je ne passerai pas sous silence que Glissant place un glossaire dans Mahagony. Mais cela appelle les remarques qui confirmeront mon propos.
D'abord la place de ce glossaire. Glissant l'a situé dans le texte même, aux pages 230, 231 132 233, et dans le chapitre intitulé: celui qui commente.
Puis sa brièveté, selon les propres termes de l'auteur, page
Ensuite sa désinvolture, comme l'écrit l'auteur lui-même, page 233
Enfin, ce lexique est allusif et incomplet, toujours les propres termes de l'auteur, page 232.
J'en conclus que Glissant parodie l'usage du glossaire. Le glossaire placé là n'en est pas un. Il vise plus à ancrer le texte dans le réel martiniquais qu'à expliquer des mots. Quoi de plus bref, désinvolte, allusif et incomplet que cet exemple? " caco - cacao. Comment fait-on du chocolat ? dlo cho an tchou caca."
N'est-ce pas un renvoi au réel martiniquais qu'est le carnaval et l'humour salace qui l'accompagne?
Quant au lexique de Guy Cabort-Masson s'il se trouve à la place dévolue à tout lexique, s'il a sa pleine valeur de lexique, il est loin de recouvrir l'ensemble des mots échappant au lexique français et utilisés dans le roman. Ne se trouvent dans ce lexique que des mots à La morphologie très créole. Mater : -faire l'école buissonière; canari : faitout en terre cuite; saut : lutte; mangue : mangrove; glisser : partir en cachette; voilà parmi bien d'autres des mots absents du glossaire de Guy Cabort-Masson. Ce glossaire est donc très réduit, comme le montre la comparaison que l'on peut en faire avec le corpus cité plus haut.
Le lexique des trois romans étudiés présente, ainsi que cela a été montré des traits que je rappelle.
1). La volonté des trois auteurs d'utiliser une langue déviante par rapport au français standard.
2). La francisation des mots créoles par la morphologie, les modalités nominales françaises (les déterminants les modalités prédicatives françaises (terminaisons verbales et marques du temps, du mode, de l'aspect).
C'est ainsi que concernant la morphologie les mots créoles " kaliyè, répondè, djobè sont francisés par l'adjonction des affixes français tels "eur", d'où kalieur, répondeur, djobeur
Les modalités nominales introduisent la notion de genre pour des mots créoles comme canari, calenda, tray, tôtôt, le calenda ou la calenda ? Un tôtôt ou une tôtôt. Les auteurs tranchent en utilisant l'un ou l'autre genre mais selon quel critère ?
Quant aux modalités prédicatives, elles apparaissent pour des verbes créoles francisés par les terminaisons des verbes français.
3). Le lexique des trois romans est créole par le sens.
Tous les mots relevés dans les corpus échappent au créole par la francisation dont ils font l'objet, mais ils échappent aussi au français par la créolisation de leur sens. Ils résultent du contact entre les deux langues. Ils constituent le 'Lexique d'un système linguistique différent du français standard et du créole. Un lexique qui n'est pas créé ex nihilo par ces trois auteurs, mais un lexique déjà existant, créé par tous les locuteurs martiniquais et dans lequel les trois auteurs ont puisé pour les besoins de leur création littéraire.
IV.1.4. La morphologie.
J'entends morphologie au sens où le définit Claude Hagège (L'homme de paroles,, 1985, p 71). c'est-à-dire l'examen des marques formelles identifiant les mots les uns par rapport aux autres. Il s'agira donc d'étudier les marques formelles des mots pour montrer en quoi elles rapprochentouécartent ces mots du créole.
J'étudierai l'orthographe dans un premier temps, puis la formation des mots dans un second temps.
IV.1.4.1. L'orthographe.
L'examen de l'orthographe du corpus permet de dégager les trois caractéristiques suivantes: déviance par rapport au français, absence des marques du nombre et du genre, incertitude de la graphie.
a) Déviance par rapport au français.
Certains mots sont écrits dans une orthographe déviante bien qu'il existe une orthographe française.
Cabort-Masson écrit: kominis, proléteurs, chouval. Chamoiseau: gras z'yeux, kesse tu veux, vakabon.
Glissant: diviner, caco, brader francé, cé jeu. zieu dans zieu.
Tous ces mots qui existent en français ont une orthographe attestée et bien évidemment connue de ces auteurs. L'orthographe adoptée est déviante du français standard; une déviance qui tend à la créolisation. En effet ces mots sont écrits dans une forme qui phonétiquement les rapproche du créole. Tous les exemples cités plus haut en témoignent ainsi que de nombreux autres facilement repérables dans le corpus.
Nous avons une créolisation par l'orthographe de mots f rançais.
b). Absence de marques du nombre et du genre.
Quelques exemples de formes relevées dans le corpus: une culotte floflo, cette ville ababa, des mangots, surtout "zo",, des gadcaca, des crabes sémafot, les wop wop wop toutes vents, c'est vent, toute jeu, cé jeu, des manzè-marie
Les marques du genre sont absentes dans floflo, ababa toutes -toute; celles du nombre dans zo, gadcaca, sémafot, wop wop wop, manzè-marie.
Une des caractéristiques du français est de présenter des marques du genre et du nombre aussi bien à l'oral qu'à l'écrit. Au contraire, pour ce qui concerne le créole, les marques du genre et du nombre n'apparaissent ni à l'oral ni à l'écrit en orthographe GEREC.
Ces mots utilisés comme catégories grammaticales françaises, nom ou adjectif, restent créoles par l'absence de marques du nombre et du genre.
c). Incertitude de la graphie.
Lorsque les mêmes mots sont utilisés par les auteurs différents, on assiste à des variations de l'orthographe coquer et koker, rhaziés et raziés, dalot, daleau, dallot, zombi et zombie, bwareng et bouarengue, ici-dans et icidans, sémafot et sémafaut, mice et musse, job et djob lonvier et lonviyer, dachine et dasheen.
Chez un même auteur on peut relever deux graphies différentes du même mot.
Cabort-Masson :
chapée-coulie et chapée kouli, daleau et dalot.
Chamoiseau :
tibois et tibwa, kouli et coolie,, Ouille et ouye.
Glissant:
zebcouress et herbe couresse, corde mahaut et corde maho, bête-langue et bête langue.
Ces graphies correspondent parfois à une orthographe qui se voudrait étymologique et dérivant d'une origine supposée du mot.
Tel est le cas pour job du mot anglais job (emploi,tâche), ti-bois de petits bois, coolie mot désignant en Indeouen Chine un porteur.
Dans d'autres cas la graphie correspond à l'orthographe GEREC.
djob, tibwa, bwareng, kouli.
Enfin certaines graphies sont difficiles à expliquer, car n'étant ni étymologique ni GERECoules deux à la fois. sémafaute : sé étant proche de l'orthographe SEREC et ma faute proche d'une écriture étymologique.
Mais raziés et rhaziés? Si le premier peut correspondre à l'orthographe GEREC, à quoi correspond le second?
Il semble difficile de dire si les auteurs ont voulu ou non cette incertitude de l'orthographe. Lorsqu'on sait le sain que tout auteur met à l'écriture et à la relecture de son oeuvre je suis porté à dire que ces variations orthographiques ne leur ont pas échappé. En fait peu importe ici de trancher cette question. Ce qui est et qui reste incontournable c'est que cette incertitude existe et qu'elle traduit bien un fait linguistique très actuel relatif à l'écriture du créole.
Malgré le travail réalisé par le GEREC et la généralisation de l'orthographe mise - au point par elle, la problématique de l'écriture reste posée. L'incertitude des graphies que nous venons de constater témoigne de' cette problématique que le système linguistique considéré révèle dans ses aspects créoles.
IV.1.4.2. Composition et dérivation.
Composition et dérivation sont deux procédés de création de mots qui ont de commun qu'ils permettent la création de synthèmes. Le synthème est selon A.Martinet, (1970, Eléments de linguistique générale, A.Colin, p 134), "le complexe formé par les monèmes constitutifs du composéoudu dérivé".
Martinet, (ibid), ajoute "Vues sous l'angle diachronique, composition et dérivation peuvent apparaître comme le stade intermédiaire entre la juxtaposition de monèmes que les besoins de la communication mettent en contact et l'amalgame en un seul monème". Les productions du type de citron-pays, petite bande, mâle à deux graines semblent témoigner en faveur de l'assertion de Martinet.
Si composition et dérivation donnent naissance à des synthèmes, les procédés diffèrent cependant. "La différence entre composition et dérivation se résume assez bien en disant que les monèmes qui forment un composé existent ailleurs que dans les composés, tandis que, de ceux qui entrent dans un dérivé, il y en a un qui n'existe que dans les dérivés et qu'on appelle traditionnellement affixe". (Martinet, 1970, Eléments de linguistique générale, p 134).
Le synthème "bois flot" est formé de "bois" "flot" existant par ailleurs tandis que le synthème "kalieur" est -formé avec un affixe, "eur",, qui n'existe que dans les dérivés.
Composition.
J.Bernabé (Espace créole n°5, 1983, p 4), citant Valdman écrit : "la composition est le processus de création lexicale le plus important en créole".
C.Hagège dans l'ouvrage déjà cité écrit, page 48, à propos de la tendance à l'économie du créole " Cette méthode (la juxtaposition) est la moins onéreuse, en termes structurels, que l'affixation (adjonction de préfixe, suffixe etc...), la composition avec altération d'un composant ou des deux, la modification interne par insertion ou réduction, et la variation accentuelle ou tonale".
Glissant (1981, Discours Antillais, p 354), signale l'emploi généralisé du mot composé. Lisons An béni conmess (Haïti et Martinique), un béni commerce, un mariage qui légalise un concubinage. Plési lan mari (Haïti), plaisir de morue, une variété de patate douce. An grajé jounou (Martinique), un râper de genoux, un petit bal où l'on se presse. La généralisation du procédé ne permet pas qu'on l'assimile tout simplement aux modes de fabrication qui donnent en français le "faire-valoir" ou le "baise-en-ville".
Bien qu'usant de vocabulaire différent ces trois auteurs décrivent un même phénomène : la constitution d'un synthème à partir de mots sans altération de ces mots qui sont essentiellement des noms, adjectifs ou verbes.
Ainsi relevons-nous : chien fer, bois flot, mangot vert, femme matador, farine +rance, citron-pays, thé-pays, à-tous-maux, bois-bombe vieux corps, petites bandes, mâle à deux graines manger-cochon etc...
Les verbes composés , qui seront traités plus loin. sont un bel exemple de composition dont J. Bernabé parle en ces termes. "le phénomène de la composition est tel qu'il ne constitue pas une addition pure et simple des propriétés syntaxiques et sémantiques inhérentes des parties en présence" J.Bernabé, ( 1983 créoles martiniquais et guadeloupéen : les verbes composés, Espace créole n° 5. L'Harmattan, p 1).
Que ces mots soient écrits avec ou sans trait d'union, nous retrouvons un phénomène de création de mots propre au créole.
Dérivation.
Le -français connaît surtout la dérivation comme procédé de formation des mots. C'est à dire la constitution d'un mot à partir d'un radical résultant de l'altération d'un mot auquel s'ajoute un monème qui n'existe que dans les dérivés et qu'on appelle un affixe ( préfixe et/ou suffixe).
Ce procédé de création apparaît dans les mots classés dans les néologismes: kalieur, macaque/rie.
Ainsi deux procédés de création existent; l'un la composition, créolisant les mots, l'autre, la dérivation francisant les mots.
Le lexique relevé dans les trois romans et analysé précédemment révèle donc des traits qui appartiennent au créole et au français standard, mais qui réunis dans ce système linguistique en font un système différent de ces deux langues.
IV.2. LA SYNTAXE.
IV.2.1. La flexion.
"la nature des mots ainsi que leurs rapports sont fonction de leur place dans l'énoncé", ainsi C.Hagége décrit-il ce que je désigne par le mot de flexion op.cit. p 47. Il est en effet très difficile de classer les mots créoles dans des catégories syntaxiques. Un mot peut être à la fois nom, adjectif, adverbe etc; seule sa place et sa fonction dans la phrase permet de nommer sa nature.
Les corpus présentent de nombreux mots répondant à cette caractéristiques.
Les onomatopées peuvent être noms:
son voumtac, le tacatac, un ouélélé,
adjectifs:
bidime triomphe, une culotte floflo
* adverbes:
je m'arrêtais djouk, elle comprit flap.
Des groupes nominaux francais peuvent prendre des natures différentes
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pronoms réfléchis: mon corps, je pose à mon corps la question,
* déterminants grammaticaux : une charge de, en pile,
vous avez l'eau pas trop souvent ni en pile, pendant une charge de temps.
IV.2.2. Les modalités nominales.
Elles se définissent comme étant des éléments grammaticaux qui assurent à un mot donné le statut de nom ". J.Bernabé, 1987 Fondas Kréyol-la, p 95). Ces éléments grammaticaux sont les déterminants grammaticaux et les déterminants lexicaux.
IV.2.2.1. Les déterminants grammaticaux.
Outre les articles définis et les démonstratifs postposés, le créole utilise des déterminants qui sont exclamatifs (mi) et quantitatifs anpil, tibren, telman, an chay, an kalté etc...
Sous une forme francisée, ces déterminants sont employés dans les textes étudiés.
la boule de garçons,
des tas de manger frais,
une charge d'années,
une charge d'heures,
une-deux principes de vie,
mi désarmement, mi,
des qualités de grappes.
Il faut ajouter à ces déterminants pyès que nous retrouverons avec la négation pa.
sans pièce problème,
pièce nègre ne travaillait.
Ces éléments francisés ne doivent pas être considérés comme des noms et analysés comme tels. Ils ont syntaxiquement la même fonction que les déterminants créoles.
IV.2.2.2. Les déterminants lexicaux.
Je traiterai, particulièrement, de la détermination d'un nom par un autre nom. En français celle-ci se fait à l'aide de prépositions ( à, de, en ) et de l'article selon les cas.
Ex. un champ d'ignames,
la maison de la femme.
En créole au contraire, la détermination se fait sans préposition et sans le déterminant du nom qui détermine.
an chan 0 yanm.
kay 0 fanm 0 la.
Un certain nombre d'énoncés présentent cette même absence de préposition là où le français standard l'exigerait.
un punch 0 trois doigts,
les marchandes 0 poissons,
deux sachets de farine 0 manioc,
un chapeau 0 bakoua,
l'herbe 0 guinée,
le cheval 0 trois pattes,
les pommes 0 France,
la farine 0 France.
Ce procédé ne doit pas être confondu avec la composition par juxtaposition, même si tel ou tel auteur utilise un trait d'union. Il s'agit ici de l'effacement de la préposition qui, en français, se trouverait normalement entre les deux noms.
IV.2.3. Les verbes.
L'étude des verbes portera sur deux points caractéristiques des verbes créoles : les verbes en fonction non prédicative, les verbes composés.
IV.2.3.1. Les verbes en fonction non prédicative.
Si l'opposition verbo-nominale est nette en français, en créole la distinction entre verbes et noms ne l'est pas autant. R.Damoiseau cite un certain nombre de verbes créoles qui peuvent apparaître en fonction prédicative et en fonction nominale. Retenons le cas de manjé cité parmi ces verbes. En effet ce verbe se retrouve en fonction nominale dans un certain nombre d'énoncés.
un manger de riz,
l'heure du manger de crabes, pas un tôtôr pour le manger, cuire le manger-cochon, des tas de manger frais, déposer le manger.
Glissant utilise en fonction nominale les verbes chanter, parler, tressaillir.
le plus entraînant de ces chanter,
sans un parler, ni un tressaillir.
Cependant il faut prendre en considération l'emploi des verbes en fonction nominale en français.
Rappelons que l'infinitif substantivé est d'un usage restreint dans la langue moderne; la plupart ont si bien revêtu le caractère de noms qu'on ne perçoit plus guère en les employant
leur nature originelle de verbes. Un certain nombre même admettent le pluriel". (Grevisse., 1980, Le bon usage. Duculot, p 861-862).
J'ajoute à cela qu'en français le verbe à l'infinitif assume les fonctions semblables à celles du nom sans recevoir, pourtant, aucun déterminant du nom. Un infinitif précédé de l'article est un substantif et non plus un verbe. Manger est un de ces verbes ayant perdu sa nature de verbe en fonction nominale.
Les exemples cités montrent à quel point la syntaxe française et créole se confondent dans ce système linguistique intermédiaire.
IV.2.3.2. Les verbes composés.
Le créole présente la particularité d'avoir des verbes composés. Ils ne sont pas le résultat d'une coordination, en structure profonde, de deux verbes simples: poté-vini = amener, apporter et non poté épi vini = porter et venir.
J.Bernabé ( 1983 Espace Créole n° 5. p 1-30) décrivant ces verbes composés propose de les considérer comme formés d'un verbe focal et d'un verbe déictique. Donnant l'exemple de "poté alé" et "de poté vini", J.Bernabé indique que le verbe poté implique " le déplacement pur et simple d'un objet ou d'une personne". " alé et vini renvoient aux coordonnées spatiales de l'énonciation. Alé implique un mouvement centripête par rapport au sujet de l'énonciation tandis que alé implique un mouvement non centripête par rapport à l'énonciation."
Ces verbes composés qui n'existent pas en français standard se retrouvent sous la plume de Chamoiseau et Glissant.
elle prit-courir pour elle,
passait ses journées à tourner-virer,
elle prit-courir se serrer,
il allait-venait,
les ignames couraient-venir,
quand Odono entrait-sortait.
Alors que dans le dernier exemple les deux verbes partent les marques du temps, du mode et de l'aspect, seul le verbe modal les porte dans les autres exemples.
Le cas de lire-écrire est particulier.
il sait lire-écrire,
il peut lire-écrire,
tous les lire-écrire sont dans le monde.
Traitant de ce cas J.Bernabé écrit (i b i d, p 2O) : "Le verbe composé li ékri indique le fait d'être alphabétisé. Son complément d'objet est toujours bloqué. Le verbe composé lireécrire désigne aussi le fait d'être alphabétisé et n'a pas de complément d'objet.
Alors que l'existence de verbes composés est propre au créole, les modalités prédicatives ( temps, mode, aspect ), les modalités nominales, pour lire-écrire, sont françaises.
IV.2.4. Les modalités de phrase.
J.Bernabé ( 1987 Fondas Kréyol-la, p 30), définit celles-ci comme ce qui détermine, pour la phrase, le type (assertif, interrogatif, impératif, exclamatif); la forme (positive ou négative, neutre ou emphatique, active ou passive).
L'analyse portera sur le type : l'exclamation,
la forme : l'emphase et la négation,
les particules de modalité de phrase.
IV.2.4.1. L'exclamation.
Pour exprimer l'exclamation, la langue créole peut,utiliser un monème spécialisé comme fout, oui, manman sous leur forme francisée.
je l'avais oublié oui!
après le plus beau pas déchassé de ce monde du laghia, manman, lui porta ce coup de talon définitif
qui me ferre comme un vieux chien, fout!
Ces exemples attestent que le procédé est utilisé par nos auteurs, créolisant la syntaxe française de cette manière.
IIV.2.4.2. L'emphase.
Pour renforcer la valeur informative d'un élément de l'énoncé, le créolophone peut user de l'emphase qui est le déplacement en tête de phrase de cet élément. Lorsque l'emphase porte sur le verbe, la mise en valeur se fait par la réduplication de cet élément.
Exemple créole: Sé achté Jozyan achté wob ta la, R.Damoiseau, éléments de grammaire créole martiniquais, 1984, p 58.
Chez Chamoiseau et Glissant, j'ai relevé:
me lever, c'est lever l'usine du Robert,
Ah ça question de rester, tu vas rester,
Toutes vents, c'est vent,
Toutes femmes, c'est femmes.
toute jeu, cé jeu.
IV.2 4. La négation.
La langue créole utilise des modalités négatives à valeur emphatique : pa menm, pa pyès. On peut les traduire par ne ... pas même et ne ... pièce. Ces deux modalités négatives dans lesquelles on reconnaît les modalités créoles citées plus haut sont très systématiquement utilisées par Glissant.
il n'en restait pièce sur les mornes, ne fait pas même feinte,
sa main ne tremble pas même.
Bien que le procédé ne soit présent que chez Glissant, il est si fréquemment employé qu'il ne peut être passé sous silence comme trait de créolisation du français standard.
IV.2.4.4. Les particules de modalité de phrase.
La phrase créole présente des particules de modalités qui sont i pour les phrases de types assertif et positif, an pour les phrases de type interrogatif. Ces particules se traduisent en français par oui et han.
Exemples en créole martiniquais de J.Bernabé. 1987 Fondas Kréyol-la, p 76.
a) Man ka konprann, i.
modalité en contexte assertif et positif.
b) Ou ka konprann, an?
modalité en contexte interrogatif et positif.
Cette particule, oui, ne doit pas être confondue avec le oui des phrases de type exclamatif.
Les énoncés suivants, français à l'origine, ont été par les modalités oui et han.
quand il est fatigué oui,
libres, oui, mais toujours sous l'oeil de quelqu'un, mais qui se trouva oui fort dépourvue
mais comment vas-tu l'appeler, han?
mais qui est son père han?
que c'était oui même poussière.
IV.2.5. Les complétives d'objet.
Lorsqu'on écoute parler créole il existe un indice révélateur de la maîtrise de cette langue par le locuteur; c'est l'utilisation ou non d'un élément de subordination dans la complétive d'objet. J.Bernabé ( 1997, Fondas Kréyol-la, p 192) indique que le morphème zéro de la conjonction de subordination dans la complétive d'objet est caractéristique du créole. Il n'existe pas en créole un élément analogue ou équivalent du français dans la complétive d'objet. Toutefois fait-il remarquer il existe une exception à cette règle dans des phrases du type de celle-ci en créole martiniquais.
Tou sa man sav sé ki i ké vini.
Dans ce cas le ki est l'équivalent du français sur le plan de la syntaxe.
Glissant utilise très fréquemment cette façon de créoliser la phrase française.
Ils déclament Noël est venu pour tout l'an,
on raconte là-bas une épouse sur une habitation a séquestré une,
Hégesippe croit il est bel esprit,
Dirait-on la lumière a bougé dans le ciel,
tout le monde dit Madame Adeline a connu ce patron blanc,
on croit ils tremblaient devant lui,
j'espère il a bon goût de bons herbages,
ils vont proclamer je décline dans la folie.
En utilisant un procédé du créole étranger à la langue française Glissant crée une forte déviance par rapport au français standard.
V. CONCLUSION
L'étude du corpus du point de vue lexical et syntaxique m'a permis de dégager un certain nombre de traits pertinents constituant les éléments d'une grammaire, "résultante linguistique de ce champ de forces contraires" ainsi que l'écrivent G.Mérida et L.F.Prudent. (Espace créole n° 4. p 126).
"Ce champ de forces contraires" : il s'agit bien de ce système linguistique où s'affrontent, dans un contact-échange, les deux codes, le français et le créole. Langues qui sont des forces contraires non par leur nature, mais par leur place, leur fonction et leur représentation dans la société.
La confrontation de ces deux codes dans un conflit linguistique vécu par ceux qui parlent ou qui écrivent a pu produire des créolismes lorsque parlant ou écrivant le français, ces locuteurs ou écrivants étaient travaillés par la langue créole. Ce "travail" s'effectuait tant au plan lexical que syntaxique.
Ex Reduplication : C'est travaillé qu'il travaille.
Ex construction de la proposition infinitive avec le sujet placé devant le verbe à l'infinitif : il fait les enfants travailler.
Au fil des ans, ce conflit a travaillé les locuteurs non de manière anarchique mais selon un certain nombre de constantes qui correspondent aux exemples cités tout au long de mon texte. Il est possible de dire qu'ainsi s'est créé un système linguistique produit collectivement par une communauté.
Ce système peut être considéré comme "un produit collectif des communautés linguistiques. un système de signes qui permet l'expression et la transmission de chaque expérience humaine possible", c'est-à-dire une langue telle qu'elle est définie par J.L.Chiss, J.Filliolet, D.Maingueneau 1977 Linguistique française, t1 p 23).
Cette langue trouve sa place dans la littérature avec Glissant, Chamoiseau, Cabort-Masson, mais aussi Yoyo dès 1978, Confiant, Delsham, Pinalie-Dracius.
Cette langue diffère bien entendu de la langue parlée par les locuteurs dans leur grande majorité. Alors que son utilisation résulte d'un choix conscient, son usage par les locuteurs correspond à une variété de situations dont nous avons rendu compte. Mais elle diffère aussi pour deux raisons.
1°) l'écartentre l'oral et l'écrit,
2°) le travail sur la langue fait par l'écrivain.
L'écart entre l'oral et l'écrit.
L'oral est communication immédiate, l'écrit communication différée. Oral et écrit ne doivent pas être entendus comme langue écrite et langue parlée comme si nous avions affaire à deux langues différentes. Parler de langue orale et de langue écrite, c'est mêler une opposition de codes liés à une différence de situation et une opposition de types de discours. J'entends oral et écrit au sens d'ordre scriptural et d'ordre oral tels que les définit J.Peytard, "Oral et scriptural": deux ordres de situations et de descriptions linguistiques, in Langue française n°6, cité par Chiss, Filliolet, Maingueneau, (1978 linguistique française, t2, p 81).
L'ordre oral est celui dans lequel est situé tout message réalisé par articulation et susceptible d'audition; l'ordre scriptural est celui dans lequel est situé tout message réalisé par la graphie et susceptible de lecture.
L'ordre oral est conditionné par sa situation de communication immédiate. Le message ne peut être travaillé, structuré par celui qui l'émet. Il ne peut être modifié, revu par le locuteur une fois qu'il est émis et avant que l'auditeur ne le perçoive. De même l'auditeur ne peut procéder à des retours en arrière ni à des arrêts pendant qu'il perçoit le message oral. J'exclus de l'ordre oral des productions d'ordre scriptural destinées à être lues ou dites.
Locuteur et auditeur n'ont aucun recul par rapport au message, ils sont prisonniers de la linéarité et de la chronologie du message.
Les locuteurs martiniquais qui vivent le conflit linguistique seront d'autant plus travaillés par la langue qu'ils sont en position sous-ordonnée vis-à-vis du français. Aux contraintes de la situation de communication immédiate s'ajoute celle de devoir déterminer les frontières de deux codes dont on maîtrise mal un. Seuls les locuteurs en position extra-ordonnée vis-à-vis deux langues peuvent le faire, prosodie y compris.
L'ordre scriptural est conditionné par sa situation de communication différée. Celui qui écrit a la possibilité de travailler la langue tant sur l'axe syntaxique que paradigmatique. Il n'est pas prisonnier de la linéarité du message ni de son déroulement chronologique. Il peut intervenir tant qu'il le veut et comme il le veut avant que le lecteur ne reconstruise son message. L'ordre scriptural exige une distanciation vis-à-vis du message et de la langue qui rend difficile sa pratique.
Le travail sur la langue de l'écrivain.
L'écrivain se différencie de ceux qui écrivent dans la vie courante en ce qu'il doit effectuer des choix, la langue est pour lui un instrument qui lui permet d'exprimer une vision du monde qu'il porte en lui. Il doit créer à partir de la syntaxe et du lexique communs une manière de dire qui lui soit propre, bref un langage.
L'écrivain martiniquais doit particulièrement travailler les langues. Issu d'un univers historiquement, et culturellement singulier, vivant la situation diglossique de son pays, il est condamné à trouver une écriture propre. Césaire, Zobel, Glissant, Chamoiseau ont su trouver des solutions différentes, mais des solutions originales qui font de leur écriture un langage propre à chacun d'eux. Car il ne suffit pas d'utiliser ces énoncés intermédiaires pour être un écrivain. Chamoiseau et Glissant ne sont pas ce qu'ils sont seulement par la langue utilisée.
Cependant je retiens que cette langue créée au départ par des locuteurs fautifs envahit l'espace linguistique martiniquais et trouve sa place dans la littérature. Il ne s'agit plus d'un exercice formel comme le fut "Aurélien a paré le saut" du guadeloupéen Germain William (1980). Cet écrit n'est pas littérature dans la mesure où l'auteur ne travaille pas la langue afin de se créer son propre langage. Il vise seulement à reproduire ce qui existe sur le point linguistique ainsi qu'il le dit lui-même par son sous-titre: "petit traité des créolismes en usage à la Guadeloupe". C'est surtout "un engagement glottopolitique que Germain William met en oeuvre", J.Bernabé., (Fondal-natal, t1, p 77).
D'aucuns pourraient soutenir qu'il ne s'agit que de régionalisme et non d'une langue singulière. Une affirmation de ce genre est à considérer sous l'angle sociopolitique. Parler de régionalisme pose l'existence d'une langue centrale, pure et à préserver. J.L.Calvet, 1987, La guerre des langues, Payot, p 261-262) décrit ainsi la conception d'une langue centrale :
"Un linguiste est-allemand, Klaus Bochman, a comparé les politiques linguistiques dans différents états fascistes, et il y a trouvé quatre constantes.
Un purisme xénophobe au niveau de la langue nationale.
Un centralisme anti-dialectal.
Un centralisme nationaliste dirigé contre les minorités nationales.
Un colonialisme ou un expansionnisme linguistique hors des frontières.
Or on retrouve ces quatre tendances dans de multiples politiques linguistiques, en particulier dans celle de la France, à différentes périodes de son histoire. On voit l'ambiguïté de la chose : c'est parce qu'elles ont été prises par des régimes fascistes que les mesures linguistiques énumérées plus haut paraissent, a postériori, critiquables, mais prises par un régime démocratique elles paraissent acceptables."
Les martiniquais apprécient à leur juste valeur ces mots lorsqu'ils se remémorent l'attitude de la France vis-à-vis du créole dans le passé et même encore de nos jours.
Parler de régionalisme c'est sous-entendre un centre qui absorbe, digère la périphérie, la région, ou la rejette. Le régionalisme s'intègre par nature à un ensemble national. Cette notion est éminemment politique. La Martinique département français, partie intégrante de la nation française ne peut que produire des régionalismes culturels, politiques ou linguistiques. Que la Martinique soit indépendante alors on parlera de culture, politique, langues nationales. La nature de la langue et de la culture n'aura pas changé, mais seulement la perception qu'en a le centre. Mouloud Feraoun, Kateb Yacine ont cessé avec l'indépendance de l'Algérie d'être considérés comme des écrivains régionaux.
Le régionalisme existe par rapport à une norme qui est celle de la langue non contaminée par les "créolismes" et qu'il faut garder pure. Si cette langue correspond à la norme fixée par ceux qui jugent, c'est-à-dire ceux qui ont le pouvoir de dire ce qui est bon ou ce qui est mauvais, alors ce sera du français régional. Si c’est le cas contraire, cette langue est marginalisée, niée.
Je cède la parole à C.Hagège sur ce point, (1985 L'Homme de paroles, p 270). "La norme que le dirigisme établit n'est pas la norme comme statut, forme d'expression commune au plus grand nombre et que l'on se contenterait d'enregistrer. C'est une norme idéale. Elle sert les intérêts d'Etat si sa nature fictive gomme les tracés oscillants de la parole. Car l'unité de la langue intéresse le pouvoir. La variation l'incommode : celle des modes de dire, qui déjà fait obstacle au parcours de l'argent, est aussi celle des modes de penser."
On comprend alors l'acharnement, la persistance des français à revendiquer les écrivains comme écrivains français, de langue française.
On perçoit la volonté d'hégémonisme de la langue française que traduit la politique dite de francophonie menée par les différents gouvernements depuis 1961 à nos jours.
D'autres affirmeront que tout cela est affaire d'esthétisme. Cette attitude procède d'une approche différente de celle qui précède, mais elle traduit aussi le même refus d'admettre l'originalité, la singularité de la langue employée par les trois auteurs.
L'esthétisme, me semble-t-il, renvoie à la conception du beau dans l'art, conception d'un individu, conception déterminée par l'histoire et l'expérience de cet individu.
L'esthétisme de Glissant et Chamoiseau ? C'est le beau en littérature et la manière dont l'un ou l'autre traduit ce beau. Affirmer que ces énoncés relèvent de l'esthétisme des auteurs étudiés revient à affirmer qu'ils ont été créés par les auteurs. C'est affirmer que tout le lexique et toute la syntaxe mis en évidence, sont inventés par eux. C'est en fin de compte nier que ces énoncés sont produits et " adaptés par un corps social pour permettre l'exercice de la faculté du langage chez les individus." (F.de Saussure, 1973, Cours de linguistique générale. Payot).
Faut-il préciser que ce n'est pas la notion d'esthétique en elle-même qui est rejetée? Car Cabort-Massson, Glissant, Chamoiseau ont leur esthétique. A partir du matériau qu'est cette langue, ils ont chacun leur manière de dire, un langage littéraire, une conception du beau qui fait qu'ils n'utilisent pas la langue de manière mécanique et identique. Ils n'utilisent pas les mêmes modalités de phrase ou s'ils utilisent les mêmes, ils le font chacun différemment.
L'importance du lexique et de la syntaxe n'est pas la même chez les trois écrivains.
Glissant est celui qui travaille le plus sur le plan de la syntaxe en créolisant la structure profonde de la langue française avec les complétives d'objet et le rythme de la phrase.
Le lexique tient une très grande place dans la langue de Cabort-Masson qui introduit un vocabulaire très proche du parler populaire.
Chamoiseau est à mi-chemin entre Glisssant et Cabort Masson par un lexique abondant mais aussi un travail sur la syntaxe par l'emploi des verbes composés les (prenait-courir), les
modalités nominales (une charge de), les modalités prédicatives (oui, non).
Lorsqu'on examine le lexique, il est possible de faire apparaître des différences significatives de l'esthétique de chacun.
La fréquence des mots.
Les termes ne se retrouvent pas avec la même fréquence chez chacun des auteurs.
Géreur, commandeur, bête-longue, engagé, trace, amarreuse tissent le texte de Glissant et renvoient à l'univers de la plantation. Univers exprimé par la fréquence de termes liés aux fonctions sociales commandeur, géreur), aux activités et productions de cette période cassave, grage, coui, calebasse, mangé-lapin).
Chamoiseau emploie des mots en rapport avec l'artisanat et les productions agricoles destinées à la vente en ville. L'abondance des termes désignant les bijoux, les plats, les fruits atteste de l'univers de cette ville décrite par Chamoiseau et se nourrissant des productions de la campagne.
L'univers canaille de Cabort-Masson se traduit par la richesse du vocabulaire sexuel relevé (bonda, foufoune, joui, kal, koker, languette, tikal, viande, vice, manawwa, zayer).
Orthographe.
Le choix de l'orthographe exprime aussi d'une certaine façon l'esthétique de chacun d'eux.
Glissant adapte une orthographe francisante ou montrant ainsi que cette
langue est pour lui française même si elle dévie du français standard.
Chamoiseau privilégie au contraire une écriture créolisante en adoptant l'orthographe G.E.R.E.C ou s'approchant de celle-ci (djober, metpiès, lonviyer).
Cabort-Masson adapte tantôt l'écriture G.E.R.E.C (djok, manawa, zanmièz), tantôt une orthographe plus étymologique (sémafaute, haut-et-bas). Il souligne de cette manière l'origine de ces termes, ceux qui sont créoles étant écrits en écriture G.E.R.E.C.
Si mon lecteur est enfin persuadé que c'est bien une langue, probablement cherchera-t-il à la nommer. Elle a déjà été nommée : français antillais par Hazaël-Massieux, frantillais par A.Bosquet, langue martiniquaise par L.F.Prudent (Information Magazine), francole par Germain William 1980) fréole, français bannann. Que l'on me pardonne de n'attribuer à aucun père ces deux deniers termes, la recherche en paternité ayant été sans résultat.
Il me semble plus approprié de situer cette langue que de la nommer. Un fait est incontestable ce n'est pas du créole.
Tout lecteur, d'où qu'il soit reconnaît là un français, certainement différent du français de France mais français. De plus tous ceux qui produisent ces énoncés qu'ils soient fautifs ou non les produisent en choisissant de parler français. De même tous ceux qui écoutent ou lisent ces énoncés, quelle qu'en soit l'origine, ont la conviction d'écouter ou de lire du français.
C'est donc du français mais un français différent du français d'Europe, comme l'espagnol du Vénézuéla est différent de l'espagnol d'Espagne, le brésilien du portugais du Portugal, l'anglais jamaïcain de l'anglais d'Angleterre. C'est un français martiniquais comme il existe un français canadien. Ce français est lié au fait créole, c'est à dire au fait que la "créolisation s'accomplit toujours dans l'interaction des forces en présence" comme l'écrit Marie-Josée Jolivet (1996, les dossiers de l'outremer, n° 85, 4°trimestre p 17 ). C'est ainsi qu'il est né de l'interaction des forces linguistiques en présence.
On ne doit pas considérer que ce français martiniquais est inférieur au français de France. Je conçois les rapports entre ces français tels que A.Martinet, ( 1970 Eléments de linguistique générale, Armand Collin, collection U2. p 155). définit "les dialectes comme variétés de la langue".
"Il existe, du mot "dialecte" un emploi tout différent, celui qui en est fait aux Etats-Unis par exemple où le terme désigne toute forme locale de l'anglais sans qu'il soit question d'opposer aux dialectes une forme de langue plus recommandable. Tout Américain parle un dialecte, celui de Boston, celui de New York, celui de Chicago, ou, s'il a beaucoup voyagé, quelque dialecte hybride, sans avoir le sentiment qu'il parle jamais autre chose que l'anglais d'Amérique sous une forme parfaitement acceptable dans toutes les circonstances de la vie."
On retrouve une situation correspondant à celle des créoles. Tout créolophone parle un créole sous une forme parfaitement acceptable qu'il vienne de la Dominique, de la Guadeloupe, de la Martinique, de Sainte Lucie ou encore de la Guyane. Aucune hégémonie ne marque les rapports entre les créoles.
Ainsi français de France, du Canada, du Sénégal ... de la Guadeloupe, de la Martinique sont envisagés dans les mêmes rapports.
De ce fait découle l'idée que les martiniquais disposent de trois langues : le créole, les français c'est-à-dire le français de France et le français martiniquais. Cette situation ne va pas sans conflit et est très problématique. Le créole est-il en voie de disparition ? Le français de France sera-t-il encore parlé ? Quel devenir pour le français martiniquais ? Voilà matière à alimenter bien des spéculations. Pour ma part je dirai que le peuple martiniquais par l'usage qu'il fera ou ne fera pas de ces codes décidera.
Pourquoi des langues différentes ? Les langues ne peuvent-elles pas tout dire ? J'ai, au terme de mon travail acquis l'ultime conviction que ce français existe parce que comme l'écrit C.Hagège 1985 L'homme de paroles p 62) Les langues différent non par ce qu'elles peuvent ou non exprimer mais par ce qu'elles obligent ou non à dire".
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