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(MARTINIQUE)

Initiation à la lecture et à l’écriture de la langue créole

(MARTINIQUE)

(Destinée aux créolophones alphabétisés en français)

(Serge RESTOG)

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            créole)

                        2.1 - Critique de la graphie étymologique.

                                    - Critique du texte "Nègg pas ka mô" de Serge

                                    RESTOG écrit en Décembre 1973, avec la graphie

                                    étymologique.

                                    - Quelques incohérences de la graphie étymologique.

                        3.1 - Qu'est-ce que la graphie phonologique ?

                        3.2 - Langage, parole, langue.

                        3.3 - Tableau des différents sons de la

                        langue créole.

                        3.4 - Réécriture du texte "Nèg pa ka mò" de Serge RESTOG, avec 

    la graphie phonologique.

 

                        4.1 - Les déterminants

                        4.2 - Les pronoms.

                        4.3 - L’adjectif démonstratif

 

 

 

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            Le grand public, les médias et beaucoup d'autres encore, de plus en plus, s'intéressent à la lecture et à l'écriture de la langue créole. Les médias utilisent des titres d'articles de journaux, des titres d'émissions de radio et de télévision rédigés en créole. La publicité aussi, fait usage du créole. La publicité en créole a un impact plus direct sur la population. La quasi-totalité de la population comprend beaucoup plus aisément les nuances de la langue créole que celles de la langue française.

            Le créole est de plus en plus écrit. Il est utile, pour cela, de connaître quelques règles élémentaires qui aident à le lire et à l'écrire. C'est ce que nous tentons de vous transmettre ici. Nous essayons de vous rapporter une synthèse des travaux qui ont été faits sur le sujet. Nous ne sommes pas sûrs d'avoir, tout le temps, été guidés par la rigueur méthodologique nécessaire à la transmission de ces sujets d'études. Mais, nous avons surtout voulu être simple dans nos énoncés. Nous avons voulu qu'ils soient lisibles pour le plus grand nombre, sans pour cela être simpliste, simplifié à l'excès.

            Nous vous ferons découvrir quelques règles de la graphie du créole. Cette graphie fait appel au système phonologique mis en place à la suite de recherches communes de : " University of the West Indies (U.W.I.), de « Université des Antilles et de la Guyane " (U.A.G), du groupe de Sainte Lucie " Mokwéyôl ", du groupe de la Dominique " Komité pou Etid Kréyôl " (K.E.K), du groupe de la Guadeloupe et de la Martinique " Groupe d'Etudes et de Recherches en Espace Créolophone et Francophone" (G.E.R.E.C-F.).

            Il ne s'agit pas ici d'étudier, ni le lexique, ni la syntaxe du créole, mais seulement, de la mise à disposition de créolophones, alphabétisés en français, d'une méthode leur permettant de lire et d'écrire la langue. Cette publication applique des règles de grammaire simples.

            Cette publication sera régulièrement mise à jour et améliorée. D’une part, en tenant compte de vos critiques que nous espérons recevoir sur notre boite aux lettres, "kapistrel (arobase) sasi.fr", d’autre part, par la nécessité qui se fait déjà sentir d’une initiation à la langue créole, pour les non créolophones.

            Nous présentons tout d'abord, l'historique de la langue créole, ses origines et son évolution.

            Ensuite, nous présentons les premiers textes écrits en créole. Il s'agira de la graphie étymologique. Nous ferons une analyse critique de cette graphie. Cette analyse mettra en évidence les incohérences de la graphie étymologique, surtout pour les créolophones alphabétisés en langue anglaise.

            Enfin, nous établissons un tableau des différents sons de la langue créole ainsi que leur écriture phonologique et quelques règles de grammaire.

            Il s’agit de très peu de règles de grammaire qui concernent les déterminants, les pronoms (les pronoms personnels, les pronoms personnels réfléchis, le pronom démonstratif) et l’adjectif démonstratif.

            Nous faisons, en annexe n° 1, un bref rappel de quelques règles de grammaire française, cela pour bien définir chacun des éléments de la syntaxe en général. Ces éléments de la syntaxe, ont leur fonctionnement propre dans chaque langue. Nous les retrouvons dans les autres langues, comme nous les retrouvons aussi dans la langue créole. La langue française n’est choisie ici, que pour l’exemple et à titre de comparaison.

            Mais, avant d'entrer dans le vif du sujet, faisons un rappel de la structure de la phrase créole. Elle est un énoncé qui met en œuvre un ensemble de règles grammaticales où le prédicat (le verbe) est l'élément central. C'est autour de cet élément central, le prédicat, que s'organisent toutes les autres parties de la phrase, les expansions (sujet, compléments etc.).

            Dans une prochaine présentation, nous approcherons les règles grammaticales de la langue créole.

 

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            Le mot "créole" vient du mot espagnol criollio. D'après le dictionnaire Le Petit Larousse, un créole est "une personne, d'ascendance européenne, née dans les anciennes colonies (Antilles, Guyanes, Réunion)." Puis, le mot créole devient un nom masculin qui désigne un parler né à l'occasion de la traite des esclaves noirs (XVIè - XIXè s.). Le créole est devenu la langue maternelle des descendants de ces esclaves (Antilles, Guyanes, îles de l'océan Indien etc.)

            Jusqu’au 17ème siècle, la langue française n’est pas encore bien structurée, comme elle l’est aujourd’hui. Sur le territoire français, plusieurs dialectes sont utilisés. Ces dialectes sont si divers qu’il y a incompréhension entre les provinces. Cela induit des difficultés de communication entre un Picard, un Breton et un Provençal.

            Au moment où, les esclaves noirs ont été transportés dans nos régions, les maîtres blancs, compte tenu des origines dialectales de ces déportés, les mélangeaient en cherchant à empêcher les échanges. Ils cherchaient à éviter les complots qui seraient des actions favorables aux révoltes.

            Le premier texte, écrit en français, paraît aux environs du 10ème siècle. C’est « Le Serment de Strasbourg ». Les premiers dictionnaires de la langue française, paraissent vers 1680. C’est à cette période que le français se structure. Lorsque la langue française arrive dans nos régions, elle n’est pas encore stable. Plusieurs parlers venus de régions diverses se rencontrent et se mélangent en un espace géographique commun. Cela donne un mélange de Poitevain, de Normand etc. et de langues africaines, sans oublier la langue des Caraïbes déjà présente avant l’arrivée des blancs.

            La langue créole est la langue la plus parlée sur les habitations. Elle est utilisée pour tout et pratiquement par tout le monde. Les hommes blancs, les hommes libres, les esclaves parlent créole. Vers le 19ème siècle, dans les îles françaises, le créole se pratique donc, couramment sur les habitations. C’est le pilier de toute l’économie du pays. C’est la langue du pays. C’est la langue utilisée pour faire fonctionner le pays.

            Le créole est la langue d’accueil pour les nouveaux arrivants. Il leur permet de communiquer avec la population déjà établie. Parler créole est une nécessité dans le pays. Ainsi, le créole permet à la société de vivre en parfaite symbiose. (Nous parlons ici de linguistique). Pourquoi le créole dominait-il la situation ? Parce que ceux qui résidaient dans l’île pratiquaient plusieurs langues. La réalité linguistique était un véritable mélange permanent des langues. Le créole, en cette circonstance, avait la suprématie. Il était le leader incontesté. C’est lui qui tranchait les problèmes de langues.

            Dans le créole qui est parlé dans les campagnes, dans les champs de canne, se trouve, un grand nombre de mots d’origine africaine. Alors que, dans le créole qui est parlé dans les villes par les palefreniers, les servantes, les mulâtres, les blancs, se trouve, un nombre important de mots d’origine française.

            Il existe des créoles à bases lexicales différentes, le créole à base lexicale anglaise qui est parlé à la Jamaïque et s'appelle le Jagua Talk, le créole à base lexicale espagnole, le Papamiento, le créole à base lexicale portugaise, parlé au Cap Vert et en Guinée portugaise, le créole à base lexicale française qui est parlé dans deux zones géographiques différentes, la zone américaine-caraïbe (Louisiane, Haïti, Guadeloupe, Dominique, Sainte Lucie, Trinidad, Vénézuéla, Panama, Guyane, Brésil) et la zone océan Indien (Séchelles, Réunion, Ile Maurice).

            Le créole, aujourd'hui est parlé par 11 millions de personnes, sans prendre en compte celles résidant dans les grandes villes comme Miami, New-York, Montréal, Londres, Paris etc. Il a trois siècles d'existence. Par comparaison, la langue française existe depuis 12 siècles, mais il lui a fallu près de 11 siècles pour se normaliser.

            La colonisation débute dès 1635. Le créole prend 50 ans pour se structurer, de 1635 à 1685. Il y avait très peu de gens qui écrivaient le français. C’étaient les fonctionnaires du roi, de rares blancs qui maîtrisaient l’écrit du français. Lorsqu’un intérêt pour l’écrit est apparu, c’est avec la langue française que cela s’est réalisé. Par la suite, l’écrit de la langue française est développé par les blancs, les békés, les mulâtres et les nègres. C’est au moment de l’établissement du « Code Noir » (1685) qu’il a été interdit aux blancs de se marier avec les nègres. Tout ce qui se fait, tout ce que l’on vit avec la langue créole est transcrit dans la langue française. Mais, très tôt, les békés écrivent en créole. Les békés et les mulâtres écrivent en créole pour s’amuser, pour lancer des quolibets. Le premier texte écrit en créole dans la région, en 1750, par le béké Duvivier de la Mahautière, est «  Lisette quitté la plaine ».

 

I

Lisette quitté la plaine

Mon perdi bonher à moué;

Gié à moin semblé fontaine,

Dipi mon pas miré toué.

La jour quand mon coupé canne,

Mon fongé zamour à moué;

La nuit quand mon dans cabane,

Dans dromi mon quimbé toué.......

II

Si to allé à la ville,

T’a trouvé geine Candio

Qui gagné pour tromper fille,

Bouche doux passé sirop.

To va crer yo bin sincère,

Pendant quior yo coquin tro ;

C’est Serpent qui contrefaire

Crié Rat, pour tromper yo.

II

Dipi mon perdi Lisette,

Mon pas souchié Calinda

Mon quitté Bram-bram sonnette

Mon pas batte Bamboula

Quand mon contré laud’négresse,

Mon pas gagné gié pour li ;

Mon pas souchié travail pièce

Tout qui chose a moin mouri

IV

Mon maigre tant com’gnon souche

Jambe à moin tant comme roseau,

Mangé na pas doux dans bouche,

Tafia même c’est comme dyo.

Quand mon songé, toué Lisette,

Dyo toujour dans jiè moin

Magner moin vini trop bête,

A force chagrin magné moin.

   V

Liset'mon tandé nouvelle,

To compté bintôt tourné :

Vini donc toujours fidelle,

Miré bon passé tandé.

N'a pas tardé davantage,

To fair moin assez chagrin,

Mon tant com' zozo dans cage,

Quand yo fair li mouri faim.

 

 

            Le texte précédent est ainsi rédigé à l'aide de l'écriture étymologique. Cette écriture est la plus ancienne. Le mot étymologie vient du grecque etumos, vrai et logos, science. Cette écriture se calque sur la graphie des mots de la langue mère, la langue française. Beaucoup d’écrivains ont utilisé cette graphie, jusqu'à la parution d’une autre graphie proposée par le GEREC (Groupe d’Etudes et de Recherches en Espace Créolophones).

            Nous vous soumettons une analyse critique de la graphie étymologique qui nous permettra de mettre en évidence ses incohérences et ses faiblesses. Voici un texte écrit en Décembre 1973 avec l’écriture étymologique.

 

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(Serge RESTOG)

 

 

Yo prend barrique

Yo pècé'i épi clou.

Yo prend Nègg yo fèmin-i adans.

Yo ladgé-i descen-ne

Dépi en-lè mônne.

Clou-a pècé Nègg.

Clou-a crévé zié Nègg.

Clou-a crévé vente Nègg.

Clou-a crévé tête Nègg.

Nègg-la pas mô quand min-me.

Yo prend Nègg

Yo marré-i en-lè poteaux tout ni

Tout pré niche fon-mi.

Yo mété sicc en-lè-i.

Yo ladgé fon-mi en-lè Nègg

Dépi tête-li, jisse en pied-i.

Yo fait fon-mi entré

En toutt trou cô-i.

Fon-mi mangé zié Nègg.

Fon-mi mangé trou zoreille Nègg.

Fon-mi mangé la-peau Nègg.

Nègg-la pas mô quand min-me.

Yo fouetté Nègg.

Yo sain-yin Nègg, yo fisillé Nègg.

Yo fouetté Nègg.

Yo sain-yin Nègg,

Nègg habillé en ran-yon

Ou bien tout-ni tout ban-nement

Ka ouè misè, Nègg frètt ka claqué dents.

Nègg tombé malade.

Yo fouetté Nègg,

Yo sain-yin Nègg

Passe yo dit nègg pas malade,

Mé Nègg fain-yan, Nègg pas lé travail.

Yo fouetté Nègg, yo sain-yin Nègg, mé,

Nègg-la pas mô quand min-me.

Yo prend ba fè.

Yo chofé cé ba fè-a.

Yo brillé chiville Nèg,

Yo brillé jan-me Nègg.

Yo brillé plate pied Nègg,

Nègg crié an-moué,

Nègg pléré sang,

Nègg crié bon Dié.

Nègg avoué min-me ça i pas fait, mé,

Nègg-la pas mô quand min-me.

Nègg an jou chappé,

Nègg an jou vini Nègg Marron.

Nègg révolté, préson-nen toutt bêtes.

Nègg foutté di-fé adans tout caille cé Maîtt-la.

Nègg fait yo pé ti-brin,

Nègg fait yo respecté-i ti brin.

Mé apré, yo tiré chain-ne-la.

Yo remplacé tout ça épi décrets, lois,

Epi l'impôts.

Nègg ka ouè misè,

Ayin pas changé pou Nègg.

Nègg ka trimin, Nègg ka pléré, Nègg ka gémi, mé,

Nègg pas ka mô quand min-me.

 

 

 

            Faisons ici la critique du texte "Nègg pas ka mô" de Serge RESTOG, écrit en Décembre 1973, avec la graphie étymologique. Cette critique a pour objectif de mettre en évidence les incohérences de cette graphie. Et cette incohérence est encore plus forte surtout lorsque cette graphie est utilisée par des créolophones alphabétisés dans la langue anglaise. C'est le cas de créolophones, par exemple de, la Louisiane, la Dominique, Sainte Lucie, Carriacou, Trinidad and Tobago etc.

            Quelques incohérences de la graphie étymologique.

            Ce texte est composé de 5 paragraphes. Nous analysons seulement le premier et le dernier paragraphe, pour ne pas trop nous étendre sur le sujet. Nous vous laissons, d’ailleurs, cette tâche qui est de faire cette analyse et nous vous laissons conclure, vous-mêmes, devant l’évidence du manque de rigueur de cette écriture.

Ligne n° 1 - prend

Ligne n° 2 - yo pècé-i épi clous

Ligne n° 3 - fèmin

Ligne n° 3 - adans

Ligne n° 3 - Nègg

Ligne n° 4 - descen-ne

Ligne n° 5 - mônne

Ligne n° 7 - zié

Ligne n° 10 - min-me

Ligne n° 39 - brillé

Ligne n° 40 - jan-men

Ligne n° 45 - ça

Ligne n° 48 - marron

Ligne n° 49 - présonnen

Ligne n° 49 - toutt

Ligne n° 50 - chain-ne

Ligne n° 53 - fouett-la

Ligne n° 55 - décrets

Ligne n° 55 - lois

Ligne n° 56 - l'impôts

Ligne n° 57 - misè

Ligne n° 58 - changé

Ligne n° 59 - gémi

 

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            L'écriture phonologique se base sur l'Alphabet Phonétique International (A.P.I.). 53 langues sont basées sur l'A.P.I. Le système phonologique d'une langue ne décrit que les éléments phoniques propres à cette langue. Le système phonologique étudié ici, représentera tous les sons qui sont propres à la langue créole.

            La différence qui existe entre la phonétique et la phonologie c'est que la phonétique concerne toutes les langues humaines existantes. La phonétique décrit tous les sons de toutes les langues humaines. Alors que, la phonologie a trait aux éléments phoniques de la langue concernée et à les classer selon leurs fonctions dans cette langue.

 

 

            Pour entamer cette partie qui développerait les notions de langage, parole et langue, nous ne ferons que citer quelques courts extraits de l’ouvrage de Ferdinand de SAUSSURE, intitulé : « Cours de linguistique général »

            (SAUSSURE 1972 : 25) « l’exercice du langage repose sur une faculté que nous tenons de la nature, tandis que la langue est une chose acquise et conventionnelle, qui devrait être subordonnée à l’instinct naturel au lieu d’avoir le pas sur lui.

            La langue est un principe de classification.

            (SAUSSURE 1972 : 26) La langue est une convention, et la nature du signe dont on est convenu est indifférente. La question de l’appareil vocal est donc secondaire dans le problème du langage.

            Ce n’est pas le langage parlé qui est naturel à l’homme, mais la faculté de constituer une langue, c’est-à-dire un système de signes distincts correspondant à des idées distinctes.

            (SAUSSURE 1972 : 27) Pour attribuer à la langue la première place dans l’étude du langage, on peut enfin faire valoir cet argument, que la faculté - naturelle ou non - d’articuler des paroles ne s’exerce qu’à l’aide de l’instrument créé et fourni par la collectivité ; il n’est donc pas chimérique de dire que c’est la langue qui fait l’unité du langage.

            (SAUSSURE 1972 :30) La parole est un acte individuel de volonté et d’intelligence, dans lequel il convient de distinguer : 1° les combinaisons par lesquelles le sujet parlant utilise le code de la langue en vue d’exprimer sa pensée personnelle ; 2° le mécanisme psycho-physique qui lui permet d’extérioriser ces combinaisons.

            En séparant la langue de la parole, on sépare du même coup : 1° ce qui est social de ce qui est individuel ; 2° ce qui est essentiel de ce qui est accessoire et plus ou moins accidentel.

            (SAUSSURE 1972 :33) La langue est un système de signes exprimant des idées, et par là, comparable à l’écriture, à l’alphabet des sourds-muets, aux rites symboliques, aux formes de politesse, aux signaux militaires etc.

            (SAUSSURE 1972 :45) L’écriture est un moyen de faire connaître les textes par la représentation du signe vocal. C’est comme si l’on croyait que, pour connaître quelqu’un, il vaut mieux regarder sa photographie que son visage.

            La langue est indépendante de l’écriture.

            (SAUSSURE 1972 :56) La phonologie ne relève que de la parole.

            (SAUSSURE 1972 :57) Quels sont les principes d’une véritable écriture phonologique ?

            Elle doit viser à représenter par un signe chaque élément de la chaîne parlée.

           Aujourd’hui encore des hommes éclairés confondent la langue avec son orthographe.

            L’image graphique du mot finit par s’imposer aux dépens du son.

            Le mot écrit tend à se substituer dans notre esprit au mot parlé

            (SAUSSURE 1972 :48).

 

 

            Ces causes sont nombreuses ; nous ne retiendrons que les plus importantes.

 

            D’abord la langue évolue sans cesse, tandis que l’écriture tend à rester immobile. Il s’ensuit que la graphie finit par ne plus correspondre à ce qu’elle doit représenter. Une notation, conséquente à un moment donné, sera absurde un siècle plus tard. Pendant un temps, on modifie le signe graphique pour le conformer aux changements de prononciation, ensuite on y renonce. C’est ce qui est arrivé en français pour oi.

 

On prononçait   

 

 

On écrivait

au XI siècle   

1.

rei, lei 

rei, lei

au XIII siècle 

2.

roi, loi 

roi, loi

au XIV siècle

3.

roè, loè

roi, loi

au XIX siècle 

4. 

rwa, lwa

roi, loi

 

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         Le tableau présenté sous le titre "Tableau des différents sons de la langue créole" ne concerne que les sons utilisés dans la langue créole.

            Certains chercheurs ont travaillé sur l'écriture du créole tels que MC LAUBACK, MC CONNEL, en Haïti. Cette écriture fut d'ailleurs appelée écriture MC CONNEL-LAUBACK et prit naissance un peu avant l'écriture proposée par le G.E.R.E.C.

            L’écriture proposée par le G.E.R.E.C. est très proche de l'écriture

MC CONNEL-LAUBACK, elle se base sur une règle simple :

 

UN SON, ET UN SIGNE ET TOUJOURS LE MEME.

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(Un son, un signe et toujours le même)

Système phonologique du Créole
Graphèmes    
   Applications
  Créole        
     Français   
Anglais

Voyelles

   a
a   
agoulou/gaga
papa/ananas
add/as
i
   
kisiswa/kwi   
image/ami     
iris/city
  
o  
oswè/solibo     
dodo/domino     
go/caution
ò  
òrkès/mòlòkòy
objet/sol 
law/job
e
  
é      
épi/wélélé   
été/éméché       
bake/mail
e
 
è     
èk/flègèdè  
es/bête 
get/rest
u
 
ou       
agoulou/kagou 
oubli/beaucoup
do/foot
ã 
    
an      
andidan/migannaj  
ancien/cadran     
pants/band
å
    
in     
yenyen/mayengwen  
moyen/examen
end/ajenda
on
     
bonbon/konm       
onze/baton       
congress/bomb

___________________________________________________________________________

Semi-voyelles

  
y
yich/chay     
yole/yoyo           
yellow/shy
w            
   
wouzé/ta'w  
week-end/watt 
                   way/cow
  
u  
uit/lannuit   
usure/menu   

 

Consonnes
b  
boug/tab
belle/barbe 
baby/tub
d   
d  
dèkdèk/lanmòd    
danse/mode 
daddy/muddy
f  
f   
fifiné/kannif   
fleur/chef 
far/coffee
g    
gason/madragè
gag/leg 
gas/big
h
hélé/anhan 
hache/houle
how/half
jé/chonjé  
jardin/bijou 
pleasure
k   
kòkòdò/bòk  
calcul/hamac
carnival/snake
l  
l  
lélé/larèl  
lilas/mal 
lily/school
m   
madjoumbé/voukoum
maman/femme
mummy/come
n   
n
nanninannan/fann 
naine/nuit
Canada/nine
p   
p
pwòpté/tjip
papillon/papa
pope/drop
r    
r   
rété/pipiri  
robe/fourrure
return/barrel
s  
solibo/lafòs
sas/sensible
sister/boss
toutalè/lapòt  
titane/tarte  
tent/taster
S
ch
chien/yich 
chien/poche 
chassis/ash
v  
v  
vivè/griyav  
vive/cave 
valve/dove
z      
zèb/vaz  
zéro/gazon 
busy/amaze
tS
tj  
katjil/tjòk 
matcho/letchi
chair/teacher
dz  
dj  
djòl/djab 
badge/bridge
jam/juicy
gn 
kangn
          
ng  
zizing/zépenng
 gong/big bang  
song/cling         

 

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(Rappel : un son, un signe et toujours le même)

 

 

Yo pran barik

Yo pèsé'y épi klou.

Yo pran nèg yo fèmen'y adan.

Yo ladjé'y désann

Dépi anlè mòn.

Klou-a pèsé nèg.

Klou-a krévé zié nèg.

Klou-a krévé vant nèg.

Klou-a krévé tèt nèg.

 

 

Nèg-la pa mò kanmenm.

Yo pran nèg

Yo maré'y anlè poto tou touni

Tou pré nich fonmi.

Yo mété sik anlè'y.

Yo ladjé fonmi anlè nèg

Dépi tèt li, jis an pié'y.

Yo fè fonmi rantré

An tout tou kò'y.

Fonmi manjé zié nèg.

Fonmi manjé tou zorèy nèg.

Fonmi manjé lapo nèg.

Nèg-la pa mò kanmenm.

 

 

Yo fouété nèg.

Yo senyen nèg, yo fiziyé nèg.

Yo fouété nèg,

Yo senyen nèg,

Nèg abiyé an ranyon

Oben tou touni toubannman

Ka wè mizè, nèg frèt ka klaké dan.

Nèg tonbé malad,

Yo fouété nèg,

Yo senyen nèg,

Pas yo di nèg pa malad,

Mé nèg fenyan, nèg pa lé travay.

Yo fouété nèg,

Yo senyen nèg, mé,

Nèg-la pa mò kanmenm.

 

 

Yo pran ba fè.

Yo chofé sé ba fè-a.

Yo brilé chivi nèg,

Yo brilé janm nèg,

Yo brilé platpié nèg, Nèg kriyé anmwé,

Nèg pléré san,

Nèg kriyé bondié.

Nèg avoué menm sa i pa fè, mé,

Nèg-la pa mò kanmenm.

 

 

Nèg an jou chapé,

Nèg an jou vini nèg maron,

Nèg révòlté, prézonnen tout bèt.

Nèg fouté difé adan tout kay sé mèt-la.

Nèg fè yo pé tibren.

Mé apré, yo tiré fouèt-la,

Yo tiré chenn-lan.

Yo ranplasé tousa épi dékré, lwa,

Épi lenpo.

Nèg ka wè mizè,

Ayen pa chanjé pou nèg.

Nèg ka trimen, nèg ka pléré, nèg ka jémi, mé,

Nèg-la pa ka mò kanmenm.

 

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(MARTINIQUE)

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Les déterminants

Les pronoms

L’adjectif démonstratif

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En créole martiniquais le déterminant peut être un article défini, indéfini ou partitif.

Les articles définis sont : a, la, an, lan. Ils se placent après le nom qu’ils déterminent et y sont reliés par un trait d’union.

Exemple : mango-a, krab-la. (le mango, le crabe).

Le nom mango est déterminé par (a).

Le nom krab est déterminé par (la).

L’article (a) se place après un nom terminé par une voyelle orale ou la nasale ou.

Exemple : kadna-a, bouji-a, bato-a, aku-a, kafé-a, lanmè-a, boutou-a.(le cadenas, la bougie, le bateau, l’accus, le café, la mer, le boutou).

L’article (la) se place après un nom terminé par une consonne orale.

Exemple : bèf-la, poul-la, pit-la, kòk-la.(le boeuf, la poule, le pitt, le coq).

L’article (an) se place après une voyelle nasale.

Exemple : migan-an, lapen-an. (le migan, le lapin).

L’article (lan) se place après une consonne nasale.

Exemple : tant-lan, sent-lan, nonm-lan, fanm-lan.(la tente, le ceintre, l’homme, la femme).

L’article peut déterminer le nom à distance et ne peut être rattaché au nom qu’il détermine. Il y a, dans ce cas, absence de trait d’union.

Exemple : asiz anlè chèz nwè a (assiez-toi sur la chaise noire).

L’absence de trait d’union signifie que (a) détermine à distance le nom chèz.

 

 

 

L’article défini (an) désigne l’unité. Il se place avant le nom.

Exemple : an pen (un pain).

                  an kay (une maison)

               an loto (une voiture)

L’article partitif est bloqué et n’est pas représenté.

Exemple : Mwen lé pen (je veux du pain).

Sans article, le nom prend une valeur très générale.

Exemple : Albè ka vann loto (Albert vend des voitures).

Albert vend des voitures, toutes sortes de voitures.

Albè ka vann an loto (Albert vend une voiture)

La présence de l’article entraîne un changement de sens.

Albert vend une voiture, une voiture bien précise.

 

 

Une des formes du pluriel est représentée par l’utilisation d’un morphème (sé) qui accompagne les articles (a, la, an, lan) qui sont rattachés au nom par un trait d’union.

Exemple : sé kadna-a, sé poul-la, sé lapen-an, sé nom-lan. (les cadenas, les poules, les lapins, les hommes)

L’article peut ici, aussi, déterminer le nom à distance et provoque la disparition du trait d’union.

Exemple : Sé chapo nèf la, sé ròb long lan. (les chapeaux neufs, les robes longues).

Les articles et les noms sont séparés des adjectifs (nèf) et (long).

Par comparaison, nous devons écrire

Sé chapo-a nèf, sé ròb-la nèf.

(a) et (la) déterminent bien (chapo) et (ròb).

Leur proximité aux noms (chapo) et (ròb) nécessite l’utilisation d’un trait d’union.

 

 

Nous étudierons les pronoms suivants :

Les pronoms personnels.

Le pronoms démonstratif (tala).

Les pronoms personnels.

 

 

Les pronoms personnels sujet sont : Mwen, ou, i, nou, zòt, yo

Exemple : Mwen manjé (j’ai mangé).

ou palé (tu as parlé).

i mandé (il a demandé).

nou kouri (nous avons couru).

zòt mélé (vous êtes débordés).

yo pati (ils sont partis).

 

 

Les pronoms personnels compléments d’objet direct sont : mwen, ou, ‘w, li, ‘y, nou, zòt, yo.

Exemple : ou ka ba mwen, (tu me donnes).

i ka pèd ou (il te perd).

i ka di’w (di ou) (il te dit)

I ka fè’y (fè li) (il le fait)

i ka kouyonnen nou (il nous trompe)

nou ka endé zòt (nous vous aidons)

ou ka akonpayen yo (tu les accompagnes)

 

Les pronoms personnels compléments d’objet indirect sont : mwen, ou, ‘w, i, ‘y, li, nou, yo, yo.

Exemple : i ka fatidjé mwen (il me fatigue).

mwen ka ba’w (je te donne).

mwen ka konprann li (je le comprends).

mwen ka pini’y (je le punis).

i ka kouté nou (il nous écoute).

ou ka gadé yo (tu les regardes).

nou ka ba yo lédjim (nous leur donnons des légumes.

 

Le pronom personnel complément circonstanciel de lieu (la), qui aurait pour équivalent en français, en et y.

Exemple : Lariviè-a, sòti mwen sòti la (de la rivière, j’en reviens).

Sa fasil alé la (c’est facile d’y aller).

Les pronoms personnels réfléchis sont :

Kòmwen, kòw, kòy, kònou, kòyo, kòzòt.

Exemple : Mwen ka fè an bon ji ba kòmwen.(je me fais un bon jus).

Mété kòw dakò épi kòw (mets-toi en règle avec toi-même).

Zavè kòy (tant pis pour lui).

Annou libéré kònou (libérons nous).

Ki manniè yo ka fè pou yo ritouvé kòyo ? (comment font-ils

 pour se retrouver ? ).

Gadé kòzòt titak (regardez-vous un peu).

 

Le pronom démonstratif (tala) n’est pas rattaché au nom par un trait d’union.

Exemple : tout sé lédjim-tala, pé ké pé ranplasé tala, fouyapen.(tous ces légumes ne pourront pas remplacer celui-là, le fruit-à-pain).

Mété tala anlè koté.(Mets celui-la de côté).

 

 

La proposition subordonnée relative.

Le pronom relatif introduisant une proposition subordonnée est supprimé. Cette forme du pronom relatif est la plus courante dans le créole utilisé dans la Martinique profonde, les grangrèk diront plutôt le créole basilectal.

Le pronom relatif prend d’autres formes du fait de la francisation de plus en plus de la langue. Il prend la forme (ki), (kè), (ku) etc. qui est souvent utilisée à la ville par la bourgeoisie locale, les intellectuels ou ceux ne voulant pas montrer leur origine rurale.

Exemple : Madanm-lan ou té ka palé mwen an rivini.

(La femme dont tu me parlais est revenue)

Sé pwason-an nou pa pran an toujou ka rivini

(Les poissons que nous n’avons pas capturé reviennent toujours).

Sé zouti-a zòt ka sèvi a pou fè sé léponti-a pa filé.

(Les outils que vous utilisez pour fabriquer les étais ne sont pas aiguisés).

       

    L'article copie produit par la relative, a, la, an, lan.

 

    La relative produit un article copie, qui reprend le déterminant original a, la, an, lan, selon la règle des articles définis. Cet article copie, a, la, an, lan ne détermine pas le nom qui le précède immédiatement. 

 

        Kod-la ou té mal maré a. (La corde que tu avais mal attachée).

 

        Kod-la ou té maré mal la. (La corde que tu avais mal attachée).

 

           Kod-la ou té maré mal-la. (La corde avec laquelle tu avais attaché la malle).

 

        Kod-la ou té maré mal-la. (La corde avec laquelle tu avais attaché le mâle).

 

            Kod-la ou té maré sé mal-la. (La corde avec laquelle tu avais attaché les

            mâles/malles.

 

            Kod-la ou té maré mal bèf la. (La corde avec laquelle tu avais attaché le

            taureau.

 

            Kod-la ou té maré sé mal bèf la. (La corde avec laquelle tu avais attaché

            les taureaux). ( mal bèf la, sé mal bèf la. (la) est un déterminant à distance,

            il n'y a pas de trait d'union).

 

            Article copie : a

        Sé zouti-a zòt ka sèvi a.

        (Les outils que vous utilisez).

 

        Article copie : la

 

Madanm-lan ou té ka  suiv la.

(La femme que tu suivais).

 

        Article copie : an

 

Madanm-lan ou té ka palé mwen an.

(La femme dont tu me parlais).

 

        Article copie : lan

 

Sé pwason-an ou té ka vann lan.

(Les poissons que tu vendais).

 

 

Dachin-tala ka tjuit bien (ce dachine cuit bien).

Yanm jòn tala pa ka gaté vit (Cet igname jaune ne s’abîme pas vite).

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                     Rappel de quelques règles de grammaire française en vue de comparer les grammaires créole et française.

 

            La langue française et la langue créole possèdent leur grammaire qui est chacune bien spécifique. Mais il est tout de même permis de les analyser chacune dans leur situation et d’en faire des comparaison. Nous rappelons ici, quelques règles de grammaire française en vue de procéder à quelques comparaisons avec celle du créole. Il n’est pas de nos intentions d’approcher la grammaire du créole par le français.

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            La phrase peut s'analyser en 2 parties :

                        - Le Groupe Nominal (Syntagme Nominal)

                        - Le Groupe Verbal ( Syntagme Verbal)

 

 

Le Groupe Nominal

(Syntagme Nominal)

         

Le grand campêchier

lui donnait suffisamment d’ombre pour sa sieste.

 GN

 GV

                                                                                       

            Le groupe nominal « Le grand campêchier »  répond à la question : de quoi

parle-t-on ?

            Nous parlons ici d’un grand campêchier. « Le grand campêchier » est la chose dont on parle. Ce groupe nominal prend ainsi le nom de sujet ou thème.

            Le Groupe qui permet de dire quelque chose du sujet (ou du thème) s’appelle LE PREDICAT ou le propos :

            lui donnait suffisamment d’ombre pour sa sieste.

            Le groupe nominal peut être Complément d'Objet, Complément Circonstanciel ou Complément du Nom etc.

            Le colibri            

                                                s’envole                     

                                                                        dans les airs

                                    dans les airs = Complément circonstanciel de lieu.

 

            Les fleurs

                                    de l’avocatier                  =            (complément du nom)

                                                            n’arrêtent pas

                                                                                                de tomber..

            Le groupe nominal contient un élément essentiel, un nom, qui ne peut pas être

 supprimé. C’est le NOYAU, ou chef de groupe ou mot support.

            Ce noyau est entouré d’autres mots appelés constituants du groupe nominal.

            Les constituants du groupe nominal sont obligatoires ou facultatifs.

         Les constituants du groupe nominal obligatoires sont :

- Les déterminants (les articles définis, les articles indéfinis et les articles partitifs)

- Les articles définis (le, la, les)

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